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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304952

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304952

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, M. B, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

à titre principal,

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 du préfet de la Savoie portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

à titre subsidiaire,

4°) de suspendre l'arrêté du 11 juillet 2023 du préfet de la Savoie et le signalement aux fins de non-admission dans le dans le système d'information Schengen ;

en tout état de cause,

5°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de délivrer une autorisation provisoire de séjour à l'intéressé ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

-l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

-l'arrêté attaqué méconnaît les principes du droit d'être entendu, du respect du contradictoire et du droit de formuler des observations avant l'édiction de la décision d'éloignement ;

-l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

-l'interdiction de retour est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnaît les dispositions de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'interdiction de retour est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire pendant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

-il a droit à un recours effectif en vertu de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023 et communiqué avant l'audience, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Savoie soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Huard, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant biélorusse, déclare être entré en France le 9 août 2019. Il a déposé le 14 septembre 2022 une demande d'asile. Par décision du 28 février 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande après avoir statué en procédure accélérée en application du 5° de l'article L.531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juillet 2023, le préfet de la Savoie a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations en le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation de M. B et énonce les considérations de droit sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontre que la situation de l'intéressé a fait l'objet d'un examen préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen préalable doivent être écartés.

6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement.

7. M. B a eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'il estimait utile lors du dépôt de sa demande d'asile et en cours d'instruction de sa demande. En tout état de cause, M. B ne justifie pas d'éléments qu'il aurait vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui aurait eu une incidence sur le sens de la décision contestée, notamment quant à sa santé. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. B soutient qu'il encourt des menaces en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, sa demande de réexamen de sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. B n'apportant pas, dans sa requête, d'éléments probants susceptibles de contredire cette appréciation, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Biélorussie comme pays de renvoi méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

10. Le moyen tiré de l'exception de légalité doit être rejeté.

11. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Si M. B soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il s'est fait défavorablement connaître des services de police ou de gendarmerie à plusieurs reprises pour d'autres faits graves en 2020 et 2021, pour lesquels il a été condamné. Par ailleurs, le préfet s'est également fondé sur la circonstance qu'il avait fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire assorti d'une interdiction de retour en 2020, et qu'il ne possédait pas d'attaches en France. Il s'ensuit le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

14. Le requérant estime que le report de l'audience prévue devant la cour nationale du droit d'asile constitue un élément sérieux justifiant la suspension de l'arrête. Il ne produit toutefois devant le tribunal aucune pièce susceptible de constituer des éléments sérieux de nature à justifier qu'il soit autorisé à se maintenir en France jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur leurs demandes. Par suite, les conclusions aux fins de suspension d'exécution doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative des parties.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéficie de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Miran et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

La magistrate désignée,

D. A

La greffière

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230495

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