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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305006

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305006

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantALAMPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2023, Mme A D, représentée par Me Alampi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai un titre de séjour portant la mention " commerçant " ou, à défaut, la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'insuffisance de motivation ;

- méconnaît son droit d'être entendue ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est disproportionnée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,

- et les observations de Me Alampi, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine née le 31 janvier 1971, déclare être entrée en France le 30 novembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable dix jours. A la suite du rejet de sa demande d'asile sollicité le 8 octobre 2019 tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de l'Isère l'a, par un arrêté du 19 novembre 2020, obligée à quitter le territoire français. Le 2 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 février 2023, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les moyens communs à plusieurs décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, attachée principale, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article 3 de l'accord franco-marocain et les articles L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne en outre la situation administrative, matrimoniale, professionnelle et familiale de Mme D. Dans ces conditions, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui ne sont pas stéréotypées, énoncent avec une précision suffisante les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen attentif de sa situation. Par suite et alors que le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive les éléments du dossier de Mme D, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, la circonstance que Mme D ne représente pas une menace à l'ordre public est inopérante dès lors que le préfet ne s'est nullement fondé sur un tel motif.

6. En dernier lieu, à supposer que la requérante ait entendu se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur le surplus des moyens dirigés contre la décision portant refus titre de séjour :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence de la requérante sur le territoire français s'explique par le temps nécessaire à l'instruction de ses diverses demandes, ainsi que par le non-respect d'une mesure d'éloignement définitive. Par ce comportement, Mme D ne démontre pas son intégration en France, dont le respect des lois et règlements est une composante. Si l'intéressée, célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence en France de ses sœurs, elle a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans dans son pays d'origine où elle conserve de ce fait nécessairement des attaches et où demeure encore sa mère. La seule circonstance qu'elle exerce une activité en qualité d'assistante de vie depuis février 2022 et bénéficie depuis le mois d'octobre 2022 d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne sur le territoire. En l'absence d'obstacle avéré à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnait les stipulations citées au point précédent. Le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le surplus des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D n'aurait pas eu la possibilité, pendant l'instruction de sa demande d'admission au séjour, de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le contenu des décisions subséquentes à celle se prononçant sur cette demande. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet de l'Isère l'aurait privée de son droit à être entendue doit être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 7, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Eu égard à l'ancienneté du séjour en France de Mme D, à sa situation personnelle et à la circonstance qu'elle a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Alampi et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

K. HUNAULT

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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