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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305025

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305025

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LEVANTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire (non communiqué), enregistrés le 2 août 2023 et le 12 mars 2024, la société Cap Lotissement, représentée par Me Levanti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-0011 du 9 février 2023 par lequel le maire de Loisin a refusé de lui accorder un permis de construire 11 maisons individuelles d'habitation, sur des parcelles situées Chemin Davo de Vi, sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Loisin une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Cap Lotissement soutient que :

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UC II 3a, dans sa version antérieure à la modification du 20 décembre 2022 du document d'urbanisme intercommunal, est infondé ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UC II 3b est infondé ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UB II 1b est infondé.

Par un mémoire enregistré le 13 février 2024, la commune de Loisin, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la société Cap Lotissement la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Loisin fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par une lettre du 9 janvier 2024, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 14 février 2024, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 12 mars 2024.

Par lettre du 24 septembre 2024, le tribunal a demandé à la commune de Loisin de lui transmettre toutes pièces justifiant de l'accomplissement des formalités de l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme permettant de connaître la date à laquelle la délibération du 20 décembre 2022 portant approbation de la modification simplifiée n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, a produit ses effets juridiques.

Le 1er octobre 2024, la commune de Loisin a transmis des pièces complémentaires, communiquées à la requérante le 2 octobre 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Levanti, pour la société Cap Lotissement,

- et les observations de Me Roussel, pour la commune de Loisin.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 août 2022, la société Cap Lotissement a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation de 11 maisons individuelles sur les parcelles cadastrées à la section ZD numéros 27, 28 et 29, situées Chemin Davo de Vi, sur le territoire communal de Loisin. La parcelle est principalement classée en zone UC dans le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais. Par un arrêté du 9 février 2023, le maire de Loisin a refusé d'accorder le permis de construire. Le 7 avril 2023, la société Cap Lotissement a présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC II.3.a. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal :

2. D'une part, il résulte des articles L. 153-22 et L. 153-23 du code de l'urbanisme ainsi que de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales que pour être exécutoire un plan local d'urbanisme doit avoir été publié ou affiché " et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat ". D'autre part, il résulte de la combinaison des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme que la délibération adoptant un tel plan " est affiché[e] pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. / Il est en outre publié : () Au Recueil des actes administratifs mentionné à l'article R. 5211-41 du code général des collectivités territoriales, s'il existe, lorsqu'il s'agit d'une délibération de l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale comportant au moins une commune de 3 500 habitants et plus ; (). / L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes couvertes par un schéma de cohérence territoriale approuvé, la délibération approuvant un plan local d'urbanisme entre en vigueur dès lors qu'elle a été publiée et transmise au représentant de l'Etat dans le département. Elle est ainsi exécutoire à compter de la date la plus tardive entre la date de publication et la date de transmission au représentant de l'Etat. S'il résulte des dispositions réglementaires des articles R. 123-24 et R. 123-25 du code de l'urbanisme que cette délibération doit faire l'objet d'un affichage pendant un mois et que cet affichage doit être mentionné de manière apparente dans un journal diffusé dans le département, le respect de cette durée d'affichage et celui de cette obligation d'information par voie de presse sont sans incidence sur la détermination de la date d'entrée en vigueur du plan local d'urbanisme.

4. Il ressort des pièces du dossier que la délibération adoptant le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, tel que modifié par la délibération du 20 décembre 2022, a été transmis en préfecture le 23 décembre 2022, que l'affichage en mairie de Loisin a été constaté le 28 décembre 2022 et qu'il a été publié sur le site internet de Thonon Agglomération le 22 décembre 2022. Dès lors, les formalités conditionnant l'entrée en vigueur du document d'urbanisme, avaient été accomplies le 28 décembre 2022, lorsqu'il a été statué sur la demande de permis de construire. Il suit de là que la délibération du 20 décembre 2022 approuvant la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal était entrée en vigueur à la date de la décision attaquée.

5. Aux termes de l'article UC II.3.a. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dans sa version applicable : " Prise en compte du terrain naturel : La nouvelle construction doit s'adapter à la topographie du terrain, tout en respectant les règles d'implantation et de gabarit. / Les déblais/ remblais ou affouillements/ exhaussements sont limités à 1,5 mètre de hauteur. Cela ne concerne pas les parkings souterrains des opérations de plus de 5 logements et de plus de 450 m² de surface de plancher () ".

6. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que seules deux maisons individuelles, portant sur deux logements, comporte un parking souterrain, les autres logements ayant des stationnements en surface. Dans ces conditions, les affouillements sont limités à 1,5 m et le maire de Loisin était fondé à refuser le permis de construire au motif que les affouillements de 2,57 m pour les maisons 10 et 11 ne respectent pas les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC II.3.a. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal doit être écarté comme non fondé.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC II.3.b. et II.3.c. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal :

7. Aux termes de l'article UC II.3.b. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " Aspect des toitures : Les nouvelles constructions : " Constructions principales et annexes : () La couverture des toitures à pans doit être d'aspect tuile dont la couleur doit faire partie du nuancier présent en annexe du règlement. L'utilisation de matériaux d'aspect brillant ou réfléchissant est interdite. (). Selon l'article UC II.3.c. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " Aspect des façades () Les nouvelles constructions / Les teintes : Le choix de l'aspect et des teintes employées en façade doit s'harmoniser avec les enduits et couleurs des constructions alentours en cohérence avec l'ambiance du secteur et les teintes doivent être choisies au sein du nuancier présent en annexe du présent règlement. () ".

8. Selon l'arrêté attaqué, dans le dossier de permis de construire, les mentions " tuiles béton de couleur brun gris " pour les couvertures, et les mentions " teinte gris anthracite ", " grège clair " ou " gris chaud " pour les façades ne permettent pas d'apprécier leur compatibilité avec le nuancier précis et réglementaire du plan local d'urbanisme intercommunal qui comporte une liste de coloris exprimés en unité RAL. Toutefois, l'identification des coloris de ces éléments de construction porte sur un point précis et limité du permis de construire et ne nécessite pas la présentation d'un nouveau projet. Dès lors, il appartenait à l'auteur de l'acte contesté d'assortir une prescription en ce sens et il ne pouvait refuser le permis de construire pour ce motif.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC III.1.b. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal :

9. Aux termes de l'article UC III.1.b. " Dispositions concernant la voirie " du règlement du plan local d'urbanisme : " Les voies publiques ou privées permettant l'accès aux constructions doivent avoir des caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elles supportent, aux opérations qu'elles doivent desservir et permettre l'accès des véhicules de secours, de protection civile et de services publics. / Les voies nouvelles ouvertes à la circulation automobile publique devront respecter les gabarits suivants : Coupe type de la voirie / double sens : Cheminement : 1,5 m minimum ; chaussée (à double sens) : 5 m minimum () ".

10. Pour refuser le permis de construire, le maire a retenu que le cheminement piéton a une largeur de 1 m et que la voie de circulation a une largeur variant de 4,41 m à 4,50 m, et que le projet ne respectait pas les dimensions respectives de 1,5 m minimum et 5 m minimum. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la voie au projet de construction n'est pas une voie nouvelle ouverte à la circulation automobile publique dès lors que le projet de construction n'est accessible depuis la voie publique que par une entrée unique et n'est ouverte qu'aux résidents et à leurs visiteurs. En outre, la notice descriptive prévoit qu'un panneau de signalisation installé depuis la voie publique indiquera que la voie est privée. Ainsi, les dispositions précitées de l'article UC III.1.b. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ne sont pas applicables au projet au construction. En tout état de cause, l'aménagement de la voie publique à double sens avec des terre-pleins rétrécissant la chaussée pour obliger les véhicules à ralentir et la création d'un cheminement piéton distinct répond aux contraintes de sécurité des usagers. Par suite, le maire ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour refuser à la requérante le permis de construire.

11. Le motif tiré de la profondeur excessive des affouillements des stationnements enterrés des maisons 10 et 11 pouvait valablement permettre au maire de la commune de Loisin de refuser à la société Cap Lotissement le permis de construire sollicité. Dans ces conditions, les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 9 février 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

12. Les conclusions présentées à ce titre par la société Cap Lotissement, partie perdante, sont rejetées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de Loisin à ce titre sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de la société Cap Lotissement est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de Loisin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 Le présent jugement sera notifié à la société Cap Lotissement et à la commune de Loisin.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme B, première-conseillère,

- Mme A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

C. B

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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