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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305027

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305027

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023- SB 106 du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation tout en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce désormais en France, a été méconnu ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour, méconnait son droit à une vie privée et familiale s'exerçant en France et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023, Mme C a lu son rapport. Me Huard a présenté des observations pour M. B.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant algérien, âgé de 38 ans. Il déclare être entré en France le 24 décembre 2019. Le 6 décembre 2022, il a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une demande sur le fondement de l'article 7- b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation et en injonction :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose l'arrêté attaqué. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. En tout état de cause, il ressort des écritures que M. B n'a pas porté à la connaissance du préfet de l'Isère la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur postérieurement à sa demande de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère se serait abstenu d'examiner la situation particulière de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.

6. M. B soutient résider en France depuis le 24 décembre 2019. Toutefois, il a séjourné en situation irrégulière jusqu'à sa demande de titre de séjour formée le 6 décembre 2022, soit trois ans après son arrivée en France. M. B est célibataire et sans charge de famille. Il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans en Algérie où il n'est pas dépourvu d'attache familiale puisque ses parents et ses frères et sœurs y résident. Rien ne fait obstacle à ce qu'il retourne vivre dans son pays d'origine et à ce qu'il y poursuive son activité professionnelle. Dans ces circonstances, et malgré sa volonté d'insertion par le travail, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, la situation de M. B, ressortissant algérien, étant entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant qu'il ne peut invoquer le bénéfice de ces dispositions. Les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisent certes pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation dont il dispose, de décider en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, de l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le préfet de l'Isère n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de l'annulation, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

9. Pour les motifs déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, le moyen selon lequel la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction.

Sur les frais de l'instance :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridique.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mmes C et Barriol, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 octobre 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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