jeudi 17 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | ROUVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2023, Mme F B D représentée par Me Rouvier, demande au tribunal :
- de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
- d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes ;
- d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, de lui remettre en conséquence un dossier de demande à transmettre à l'OFPRA et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeur d'asile, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
- de mettre à la charge l'État au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à payer à son conseil la somme de 1 500 euros.
La requérante soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnaît l'article 26.3 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article L.742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne s'est pas vu notifier la décision de transfert dans une langue qu'elle comprend suffisamment ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'elle n'a pas reçu les brochures d'information dans une langue qu'elle comprend et qu'elle est capable de lire et qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel mené par une personne qualifiée pendant une durée raisonnable et assisté d'un interprète ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il ne précise pas la base légale ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que Mme B D est enceinte.
Par un mémoire enregistré le 9 août 2023 la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté contesté ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R.572-4 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique la magistrate désignée a présenté son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. Madame B D F, née le 25/05/1995 à Luanda, de nationalité angolaise, est entrée en France, selon ses déclarations, le 15/05/2023 munie d'un visa délivré par les autorités allemandes, valide du 17/04/23 au 31/05/23. Elle a ensuite sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités françaises, les empreintes de l'intéressée ayant été relevées le 25/05/2023. Les autorités allemandes ont été saisies le 09/07/2023 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé. L'Allemagne a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressée le 11/07/2023. Aux termes d'un arrêté du 24 juillet 2023, la préfète du Rhône a ordonné la remise de Mme B D aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B D de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de remise aux autorités allemandes :
3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme E A, au bénéfice d'une délégation du 31 mai 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le 1er juin suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
5. En l'espèce, l'arrêté vise le règlement (UE) n° 604/2013 et, en mentionnant que Mme B D a été identifiée en Allemagne où elle est titulaire sous une autre identité d'un visa délivré par les autorités allemandes, valide du 17/04/2023 au 31/05/2023, apposé sur le passeport n°N2587234 qu'elle n'a pas présenté lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 25/05/2023 au guichet unique de la préfecture de l'Isère, que son entrée sur le territoire français est récente et qu'elle ne justifie notamment pas d'une situation stable et d'une insertion au sein de la société française. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'exigence de motivation de l'arrêté de transfert n'implique pas de mentionner le critère de l'Etat responsable retenu parmi ceux du chapitre III du règlement du 26 juin 2013, la référence au règlement susvisé étant suffisante. En outre, l'arrêté détaille la procédure ayant conduit à l'accord explicite de prise en charge de la requérante des autorités allemandes. Ainsi, Mme B D a été mise en mesure de comprendre les éléments de fait permettant d'identifier le critère dont il fait application. Par ailleurs, la motivation de l'arrêté dans son ensemble atteste que la préfète du Rhône s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B D selon les éléments transmis par elle dans sa demande, connus et justifiés à la date de la décision attaquée. La circonstance qu'elle soutient, le 3 août 2023 être actuellement enceinte, sans justificatif, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
6. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 impose aux Etats membres d'informer le demandeur d'asile des modalités d'application du règlement. Le § 2 de cet article prévoit que ces informations sont données par écrit dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend. Les brochures d'information A et B lui ont été remises, dès l'introduction de sa demande d'asile procédure Dublin au guichet unique de la préfecture du Rhône le 25/05/2023, en portugais, langue qu'elle a déclaré comprendre. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.
7. En l'espèce, la préfète du Rhône a versé au dossier la copie des premières pages des brochures d'information A et B en langue portugaise que Mme B D comprend, paraphées par celui-ci le 25 mai 2023. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article 5 du même règlement que le demandeur d'asile doit pouvoir bénéficier d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et que l'entretien doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. En l'espèce, contrairement à ce que soutient Mme B D, cet entretien a eu lieu le 25 mai 2023 en préfecture de l'Isère, avec l'assistance d'un interprète en langue portugaise de ISM interprétariat, organisme habilité par le ministère de l'intérieur. Mme B D a été entendue par un agent de la préfecture et, dès lors, l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens de cet article. Enfin, il n'est aucunement établi que cet entretien s'est déroulé dans des conditions ne permettant pas à l'intéressé de faire valoir tous les éléments de sa situation personnelle. A cet égard aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 ou du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose que l'entretien ait une durée minimale ou que sa durée soit mentionnée sur son compte rendu. Ainsi, Mme B D n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 5 du règlement ont été méconnues.
9. La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
10. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, les craintes dont Mme B D fait état quant à son état de grossesse, dont la réalité n'est au demeurant pas établie, doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressée apporte, par tout moyen, la preuve contraire. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas pris sa décision en méconnaissance de l'article 17 du règlement et en décidant de sa remise aux autorités allemandes ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire.
11. Enfin, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, Mme B D ne peut utilement faire valoir que l'arrêté attaqué ne lui a pas été notifié selon les modalités prévues par l'article 26 §3 du règlement (UE) n° 604/2013 ou des articles L. 1412, L. 141-3 ou L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme B D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F B D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B D, à Me Rouvier et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.
La magistrate désignée,
N. C
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026