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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305064

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305064

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantROUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. B G A, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :

- de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes ;

- d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, de lui remettre en conséquence un dossier de demande à transmettre à l'OFPRA et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeur d'asile, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge l'État au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à payer à son conseil la somme de 1 500 euros.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article 26.3 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article L.742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier la décision de transfert dans une langue qu'il comprend suffisamment ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas reçu les brochures d'information dans une langue qu'il comprend (l'arabe) et qu'il est capable de lire et qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel mené par une personne qualifiée pendant une durée raisonnable et assisté d'un interprète ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il ne précise pas la base légale ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au vu de la présence sur le territoire national d'un membre de sa famille.

Par un mémoire enregistré le 9 août 2023 la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Portal, en application de l'article R.572-4 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique la magistrate désignée a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er février 1996 à Amla en Afghanistan, est entré irrégulièrement en France le 19 mars 2023 selon ses déclarations afin de déposer une demande d'asile le 29 mars 2023 alors qu'il était irrégulièrement entré en Croatie le 14 mars 2023 où il avait également formulé une demande d'asile. Les autorités croates ont été saisies le 28 avril 2023 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé. La Croatie a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé le 12 mai 2023. Aux termes d'un arrêté du 21 juillet 2023, la préfète du Rhône a ordonné la remise de M. A aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de remise aux autorités allemandes :

3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme F D, au bénéfice d'une délégation du 31 mai 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le 1er juin suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

5. En l'espèce, l'arrêté vise le règlement (UE) n° 604/2013 et, en mentionnant que M. A a lui-même déclaré savoir qu'une demande d'asile avait été enregistrée en Croatie au cours de l'entretien individuel ce qui est corroboré par la consultation du fichier européen Eurodac, en indiquant toutefois qu'elle s'est faite sans son consentement, que son entrée sur le territoire français est récente, qu'il ne justifie d'aucune situation stable, que s'il a un beau-frère qui bénéficie d'une protection subsidiaire depuis le 12 octobre 2017, il ne justifie pas de liens avec celui-ci ni de son insertion au sein de la société française. En outre, l'arrêté détaille la procédure ayant conduit à l'accord explicite de prise en charge du requérant des autorités croates. Ainsi, M. A a été mis en mesure de comprendre les éléments de fait permettant d'identifier le critère dont il fait application. Par ailleurs, la motivation de l'arrêté dans son ensemble atteste que la préfète du Rhône s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

6. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 impose aux Etats membres d'informer le demandeur d'asile des modalités d'application du règlement. Le § 2 de cet article prévoit que ces informations sont données par écrit dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend. Les brochures d'information A et B lui ont été remises, dès l'introduction de sa demande d'asile procédure Dublin au guichet unique de la préfecture du Rhône, en pachto, langue qu'il a déclaré comprendre. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.

7. En l'espèce, la préfète du Rhône a versé au dossier la copie des premières pages des brochures d'information A et B en langue pachto que M. A comprend, paraphées par celui-ci les 29 mars 2023. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article 5 du même règlement que le demandeur d'asile doit pouvoir bénéficier d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et que l'entretien doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. En l'espèce, contrairement à ce que soutient M. A, cet entretien a eu lieu le 29 mars 2023 en préfecture de l'Isère, avec l'assistance d'un interprète en langue pachto de ISM interprétariat, organisme habilité par le ministère de l'intérieur. M. A a été entendu par un agent de la préfecture et, dès lors, l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens de cet article. Enfin, il n'est aucunement établi que cet entretien s'est déroulé dans des conditions ne permettant pas à l'intéressé de faire valoir tous les éléments de sa situation personnelle dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a pu exposer son itinéraire complet en détaillant les pays traversés ainsi que son projet de rester en France. A cet égard aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 ou du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose que l'entretien ait une durée minimale ou que sa durée soit mentionnée sur son compte rendu. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article 5 du règlement ont été méconnues.

9. La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. En ne mettant pas en œuvre la clause discrétionnaire au motif que le requérant aurait un beau-frère bénéficiant d'une protection subsidiaire depuis le 12 octobre 2017 sur le territoire national, la préfète du Rhône n'a pas méconnu l'article 17 du règlement ni commis d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que M. A a déclaré être marié et avoir 4 enfants qui ne résident pas dans un Etat membre et que, au demeurant, les liens familiaux avec M. C ne sont pas établis.

11. Enfin, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, M. A ne peut utilement faire valoir que l'arrêté attaqué ne lui a pas été notifié selon les modalités prévues par l'article 26 §3 du règlement (UE) n° 604/2013 ou des articles L. 1412, L. 141-3 ou L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B G A, à Me Rouvier et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

N. Portal

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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