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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305070

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305070

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, Mme A C, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de la remettre aux autorités allemandes ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfet ne justifie pas de l'existence d'un accord explicite de l'Allemagne ;

- la décision de remise est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît l'article 33 de la convention de Genève ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Huard, avocat de Mme C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise née en République démocratique du Congo le 5 mai 1979, alias Mme B D née en Angola, le 5 mai 1977, serait entrée en France, le 15 mai 2023, selon ses déclarations. Elle a présenté une demande d'asile auprès des autorités françaises qui lui ont remis une attestation de demande d'asile, le 28 juin 2023. Le relevé des empreintes de l'intéressée le 28 juin 2023, a permis de constater qu'elle était titulaire d'un visa délivré par les autorités allemandes valable du 16 avril au 30 mai 2023. L'Allemagne a accepté la prise en charge de Mme C, le 7 juillet 2023. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de la remettre aux autorités allemandes.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et notamment le critère de compétence des autorités allemandes est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, la préfète du Rhône a produit l'accord explicite des autorités allemandes du 7 juillet 2023.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date d'enregistrement de sa demande d'asile par les autorités françaises le 28 juin 2023, Mme C était titulaire d'un visa délivré par les autorités allemandes valable jusqu'au 30 mai 2023. Ce visa était ainsi périmé depuis moins de six mois. Dans ces conditions, la situation de l'intéressée relevait du champ d'application du 4 de l'article 12 du règlement permettant de déterminer l'Allemagne comme étant l'Etat responsable de sa demande d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale.

7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

8. A supposer même que Mme C ait fait état, auprès des services de la préfecture, de la présence de son père en France, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors qu'il ressort des déclarations du père l'intéressée, que ce dernier n'avait plus de contact avec sa fille et qu'il était séparé de sa famille depuis plus de vingt ans.

9. En cinquième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés à l'encontre de la decision attaquée qui n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à regagner son pays d'origine.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que que Mme C se prévaut de la présence de son père sur le territoire national, qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié, le 5 mars 2004. Il ressort également des pieces du dossier que la requérante, âgée de 44 ans ou de 46 ans selon l'identité qu'elle invoque, est séparée de son père depuis plus de vingt ans. Par ailleurs, Mme C ne justifie d'aucune intégration sur le territoire national. Compte tenu de ces éléments, et notamment de l'absence de maintien des liens entre la requérante et son père durant plus de vingt ans, la décision de remise aux autorités allemandes aux fins d'examen de sa demande d'asile ne porte pas une atteinte excessive au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète du Rhône n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle notamment au regard de ses liens familiaux. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. Il résulte tout de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Rhône du 27 juillet 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Huard et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

La magistrate désignée,

N. BARDAD

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne à la préfete du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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