mercredi 23 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2023 et le 21 août 2023, M. A D, représenté par Me Poncin (CDMF Avocats), demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le maire de la commune du Montcel a accordé un permis de construire à M. B C pour la construction d'un bâtiment de stockage agricole, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, ensemble la décision du 2 mai 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Le Montcel une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne mentionne pas précisément le nom de l'auteur de la décision au sens de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- l'article R. 421-8 du code de l'urbanisme a été méconnu dès lors que le permis de construire a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet ;
- l'article A 1-2 du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération Grand Lac a été méconnu ;
- l'article A 4.2-2 du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération Grand Lac a été méconnu ;
- l'article A 2-2-1 du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération Grand Lac a été méconnu ;
- l'article A 2-2-2 du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération Grand Lac a été méconnu ;
- l'article A 2-2-4 du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération Grand Lac a été méconnu.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2023, la commune de Le Montcel, représentée par Me Lacroix (Itinéraires Avocats), conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;
- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de construire contestée.
La requête a été communiquée à M. B C qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 juin 2023 sous le numéro 2304166 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique Mme E a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Poncin, représentant M. D ;
- les observations de Me Viellard, représentant la commune de Le Montcel.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 26 janvier 2023, le maire de la commune du Montcel a délivré un permis de construire à M. B C pour l'édification d'un bâtiment de stockage agricole d'une surface au sol de 360 mètres carrés situé sur la parcelle cadastrée section B numéro 32. Par un recours gracieux notifié à la commune du Montcel le 23 mars 2023 M. D a demandé le retrait de ce permis de construire. Ce recours a été rejeté par le maire de la commune du Montcel par une décision du 2 mai 2023. Par la présente requête, le requérant demande la suspension de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le requérant :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. En l'espèce, M. D est propriétaire des parcelles cadastrées section B numéros 13 et 14 limitrophes du terrain d'assiette du projet. Il ressort des pièces du dossier que le projet autorisé, qui s'élèvera à huit mètres sur une superficie de 360 mètres carrés fera directement face à la propriété du requérant lequel disposera d'une vue directe sur le bâtiment. Par conséquent, eu égard à sa qualité de voisin immédiat et aux caractéristiques du projet, M. D présente un intérêt suffisamment direct personnel et certain pour agir. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Le Montcel doit être écartée.
Sur la demande de suspension :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
6. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués, et mentionnés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Montcel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée M. A D, à la commune de Le Montcel et à M. B C.
Fait à Grenoble, le 23 août 2023
Le juge des référés,Le greffier
D. E P. MULLER
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