mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LETELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2023, M. A B, représenté par Me Letellier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour n'aurait pas dû être enregistrée sans son consentement ; elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Naillon,
- et les observations de Me Letellier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né le 12 janvier 2004, déclare être entré en France au cours de l'année 2017, alors qu'il était mineur. Par ordonnance du procureur de la République de Valence du 8 septembre 2017, prorogée par ordonnance du juge des enfants du 14 septembre 2017, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance. Le 16 août 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 31 janvier 2023, la préfète de la Drôme a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. B, qui était mineur à la date de la demande, a signé la fiche de renseignements du 19 mai 2021, aux côtés de son éducatrice, ainsi que le récépissé de demande de titre de séjour du 5 septembre 2022. Dès lors, il ne peut être raisonnablement soutenu qu'il n'aurait pas consenti à formuler la demande de titre de séjour.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
4. M. B, âgé de dix-huit ans à la date de l'arrêté attaqué, a été confié à l'âge de 13 ans aux services de l'aide sociale à l'enfance. Il a été intégré en classe de 4ème durant l'année scolaire 2017-2018, puis en classe de 3ème durant l'année scolaire 2018-2019. Si ses bulletins de note font état de quelques efforts dans certaines matières, ses résultats sont globalement insuffisants, et ses professeurs relèvent un manque d'investissement et de sérieux, de l'absentéisme, ainsi qu'un mauvais comportement. De 2019 à 2020, M. B était inscrit en CAP carrosserie, mais n'a pas obtenu le diplôme à l'issue de sa formation. Ses bulletins de notes révèlent à nouveau un mauvais comportement durant les cours, des résultats très insuffisants, et un manque d'investissement et de sérieux. Son premier employeur, qui était initialement satisfait du travail fourni, a mis fin au contrat de manière anticipée en raison des problèmes de comportement, des fugues et interpellations de l'intéressé par les forces de l'ordre. En outre, il ressort du rapport éducatif de l'AMAPE, qui le prenait en charge et l'hébergeait depuis le 3 mai 2021, que malgré un comportement poli avec les adultes qui l'encadrent, l'intéressé ne se rendait " pas pleinement acteur de son projet " ", notamment concernant la scolarité et la recherche d'apprentissage. La seule circonstance qu'il soit inscrit à la mission locale depuis le 2 septembre 2021, et qu'il ait signé le 17 janvier 2022 un contrat jeune, avec pour objectif d'obtenir du soutien pour " trouver un emploi, demander des papiers, et mettre [de l'argent] de côté ", n'est pas de nature à établir le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. De plus, dès lors que M. B a été mis en cause pour des faits de violences en réunion en 2019, pour des faits de vol en réunion puis d'extorsion avec armes en 2021, et pour des infractions à la législation sur les stupéfiants en 2022, et quand bien même les faits de 2019 et de 2021 n'auraient pas donné lieu à condamnation, l'ensemble du parcours de M. B n'est pas de nature démontrer son insertion dans la société française. De surcroît, bien qu'il ressort du rapport éducatif que M. B n'entretiendrait plus de lien avec sa famille restée dans son pays d'origine, la fiche de renseignement indique que sa mère, ses deux sœurs et son frère y résident toujours. S'il ressort du rapport éducatif qu'il a initialement fui son pays en raison de violences commises par son père, il n'établit pas, désormais devenu majeur, l'existence de risques actuels à son encontre. De plus, si M. B déclare entretenir une relation sentimentale avec une ressortissante française, celle-ci est récente et ne peut justifier à elle seule la délivrance d'un titre de séjour. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 précité, ni, pour les mêmes motifs, qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur sa situation. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans [] ".
6. M. B, âgé de plus de dix-huit ans à la date de l'arrêté attaqué, déclare être entré sur le territoire français le 23 août 2017, alors qu'il était âgé de plus de treize ans. Dès lors qu'il n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 611-3 susvisé, le moyen présenté sur ce fondement doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Pour les mêmes motifs qu'évoqués au point 4, en prenant son arrêté, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Letellier, et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
La rapporteure,
L. Naillon
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2305135
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026