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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305196

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305196

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°/ Par une requête n°2305196 enregistrée le 9 août 2023, M. D A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente un récépissé ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

M. A soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

II°/ Par une requête n°2305197 enregistrée le 9 août 2023, Mme E A, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente un récépissé ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

Mme A reprend les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2305196.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fourcade a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants kosovars sont entrés en France le 3 juin 2019 accompagnés de leurs deux enfants, C et B nés respectivement en 2013 et 2016. Leurs demandes d'asiles ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 février 2021 confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 28 juin 2021. Ils ont fait l'objet d'arrêtés portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français le 31 mai 2021 dont la légalité a été confirmée. Leurs demandes de réexamen de leurs demandes d'asile ont été rejetés comme irrecevables. Le 6 octobre 2022, ils sont déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se prévalant de l'état de santé de leur fils, C. Par deux arrêtés du 5 juillet 2023, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de leur délivrer les titres demandés et leur a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours.

2. Les requêtes n° 2305196 et 2305197 présentées par un couple d'étrangers ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, l'admission provisoire de M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

6. Pour refuser la délivrance des titres de séjour sollicités, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), émis le 2 février 2023, produit dans le cadre des présentes instances, indiquant que si l'état de santé de l'enfant C, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et son état lui permettait de voyager sans risque.

7. Il ressort de pièces du dossier que C souffre d'une tétraparésie spastique avec déficience visuelle et épilepsie. Son handicap psycho-moteur nécessite une prise en charge pluridisciplinaire, un appareillage et un traitement par injections de toxine botulique tous les 6 mois associé à un traitement antiépileptique. L'enfant a été orienté vers un institut médico-éducatif en 2022 et s'est vu reconnaître un taux d'incapacité d'au moins 80% par une décision de la Maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Savoie.

8. Toutefois, les certificats médicaux produits, émanant des professionnels de santé qui suivent le jeune C, se bornent à évoquer la nécessité d'un accompagnement de son polyhandicap décelé dès sa naissance en 2013, sans se prononcer sur la disponibilité des soins appropriés dans son pays d'origine. Si les requérants se prévalent à cet égard de rapports de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, ceux-ci datent de 2015 et 2017 et ne permettent pas d'établir la situation au Kosovo à la date des décisions attaquées. A l'inverse, le préfet produit des fiches Medcoi justifiant de la disponibilité au Kosovo de spécialités prescrites au jeune C. Par suite, les requérants n'établissent pas que, contrairement à l'avis des trois médecins de l'OFII, l'enfant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il suit de là que moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. M et Mme A sont présents en France depuis 2019 avec leurs trois enfants, le dernier étant né en 2020 en France. Toutefois, la durée de leur séjour est essentiellement due à leur maintien en situation irrégulière en méconnaissance des mesures d'éloignement qui leur ont précédemment été notifiées et ils ne justifient pas avoir noué en France des relations personnelles d'une particulière intensité et ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Les refus de séjour contestés n'ont pas pour effet de séparer M. et Mme A de leurs enfants ni de priver le jeune C des soins que nécessite son état de santé. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Les conclusions de M.et Mme A, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de leurs requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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