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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305226

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305226

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 10 et 11 août 2023, M. C, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence, et à défaut d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale en raison de la possibilité pour lui de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit du fait qu'il justifie résider en France depuis plus de dix ans ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est illégale en ce qu'elle a pour conséquence de rompre brutalement les liens sociaux ;

- est disproportionnée et porte une atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant assignation à résidence :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et du refus de départ volontaire.

Par un mémoire du 11 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Miran, représentant de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 4 avril 1952, est entré en France le 23 janvier 2005 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Il a épousé une ressortissante française le 14 novembre 2011 et a obtenu en novembre 2013 un certificat de résidence algérien valable un an. Ce certificat n'a pas été renouvelé en 2014. Le 27 octobre 2015, il a déposé une demande de titre de séjour qui a donné lieu à un arrêté du 27 septembre 2017 portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité, l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Le recours formé par M. C contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n°1706004 du tribunal administratif de Grenoble du 28 décembre 2017, confirmé par un arrêt n°18LY00347 de la cour administrative d'appel de Lyon le 9 février 2019. La nouvelle demande de titre présentée le 12 novembre 2020 par M. C a été refusée par décision du préfet de l'Isère du 7 juillet 2021. Le recours formé par M. C contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n°2104683 du tribunal administratif de Grenoble du 2 décembre 2011. M. C a, le 18 novembre 2022, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des aliénas 1 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 20 avril 2023, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer au requérant un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un arrêté du 8 août 2023 le préfet de l'Isère a assigné à résidence M. C dans le département de l'Isère pour une durée maximale de 45 jours renouvelable. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour et aux conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des obligations de quitter le territoire français et des décisions subséquentes. En conséquence, les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes du 1 ) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1° au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

5. M. C soutient résider en France de façon continue depuis le 23 janvier 2005, date de son arrivée en France et y vivre depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Si les périodes d'incarcération de M. C ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de sa résidence habituelle en France, elles ne peuvent toutefois être prises en compte dans le calcul de sa durée de résidence, qui en vertu des dispositions précitées doit être supérieure à dix ans. En l'espèce, si le requérant produit des pièces au titre des années 2005 à 2022, d'une part ces dernières portent sur des périodes durant lesquelles l'intéressé a été incarcéré et qu'il convient de déduire de la période de présence et d'autre part ces justificatifs, eu égard à leur nature et leur faible nombre pour certaines années, ne permettent pas d'apporter la preuve de la présence réelle de l'intéressé sur le territoire. Dans ces conditions, M. C ne peut être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe de sa résidence habituelle en France depuis au moins dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant ne peut prétendre au bénéfice de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. C soutient qu'il réside en France depuis 18 années, qu'il s'est forgé des attaches amicales et sociales sur le territoire et qu'il bénéficie d'une prise en charge psychiatrique depuis 2007. Toutefois, comme indiqué au point précédent, les pièces produites par le requérant ne permettent pas d'établir sa présence habituelle en France depuis 2005, et il n'apporte aucun élément probant quant à l'existence de relations amicale et sociales, à l'exception de l'attestation signée de ses deux sœurs. M. C n'établit pas d'avantage une insertion professionnelle en dehors des périodes durant lesquelles il était incarcéré. Enfin, il n'établit par aucune pièce probante qu'il bénéficie au jour de la décision attaquée d'un suivi ou d'un traitement pour des troubles psychiatriques et n'allègue pas qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la circonstance que le refus de délai de départ volontaire entraînerait une rupture des liens sociaux, amicaux et familiaux, dont M. C n'établit pas au surplus l'existence, ne suffit pas à établir le caractère disproportionné de cette mesure, alors que l'intéressé n'établit pas par ailleurs qu'un départ immédiat comporterait un risque pour sa santé.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire et le refus de départ volontaire, soulevée contre la décision l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

11. La décision contestée vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement et indique notamment que M. C a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il ne justifie pas sa présence en France depuis 2005, qu'il ne démonte pas les liens avec ses deux sœurs et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, invoqués contre l'interdiction de retour sur le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points 5 et 6.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

13. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, soulevée contre la décision l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et prononçant une assignation à résidence doivent être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre le refus de délivrance du titre de séjour, celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué en formation collégiale.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 avril 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de l'Isère a assigné M. C à résidence sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Miran et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

Le magistrat désigné,

F. A

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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