lundi 21 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TERRASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 août 2023, M. D A, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée pendant un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence dans le département de la Savoie pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour prise par arrêté du 8 août 2023 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Pour l'ensemble des décisions :
- L'arrêté a été rendu par une autorité incompétente
- Les actes de procédure ont été traduits en langue arabe, langue que ne comprend pas le requérant
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée
- est illégale en raison d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
-méconnaît les dispositions des articles L. 612-10 et L. 613-2 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le
territoire ;
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu le rapport de Mme B et les observations de Me Terrasson.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant albanais né le 1er février 1989 est entré régulièrement en France le 4 octobre 2022 selon ses déclarations et travaille sur le territoire français dans le bâtiment sur des grands chantiers et a été interpellé alors qu'il travaillait sur un chantier à Grésy-sur-Aix sans autorisation de travail le 8 août 2023. Le préfet de la Savoie a alors pris à son encontre, le même jour, une décision d'obligation de quitter le territoire français, sans délai, assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an et l'a également assigné à résidence dans le département de la Savoie pour une durée de 45 jours.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté contesté a été signé par M. C, directeur de cabinet de la préfecture de la Savoie, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de la Savoie en date du 3 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 juillet septembre 2023 ; que cette délégation autorise M. C à signer les décisions en toutes matières relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. Si l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à son encontre mentionne, dans son article 6, que la traduction des actes de procédure a été faite en langue arabe, qui n'est pas comprise par l'intéressé qui est albanais, cette mention ne saurait entacher la légalité de l'acte dès lors qu'elle résulte manifestement d'une erreur matérielle alors que l'ensemble des procès-verbaux de notification de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence indiquent la traduction des procédures par un interprète en langue albanaise.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France le 4 octobre 2022 à l'âge de trente-trois ans, qu'il est célibataire sans enfant. L'intéressé est dépourvu de toute attache familiale et ne justifie pas en être dépourvu dans son pays d'origine où résident ses parents et une de ses sœurs. Si l'intéressé a eu l'occasion de nouer des relations professionnelles dans le secteur du bâtiment où il travaillait sur un chantier, il ne justifie pas de liens stables, au vu du caractère récent de cet emploi, au demeurant sans autorisation, ni de son insertion dans la société française. Par suite, et nonobstant la circonstance que le comportement de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, M. A n'est pas fondé à soutenir que, par la mesure contestée, le préfet de la Savoie aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait privé de base légale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile résultant de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privé de base légale doit être écarté.
9. Il résulte des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, réserve faite de circonstances humanitaires, l'application cumulative des critères de l'ancienneté du séjour, des liens noués en France, des antécédents en matière d'éloignement et de menace pour l'ordre public n'a pas d'incidence sur le principe de l'interdiction de retour opposée aux étrangers qui, comme M. A, n'a pas de délai de départ volontaire pour l'exécution de la décision de l'obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que M. A, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, ne peut utilement soutenir que le préfet de la Savoie a fait une application partielle des quatre critères légaux à sa situation pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
10. Il résulte de ce qui précède que compte tenu de l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article L. 612-6 précité, et, en l'espèce, de l'absence de mesure d'éloignement et de trouble à l'ordre public, il ne ressort pas pièces du dossier que la décision n'identifie pas les éléments de droit et de fait qui la fondent ni que le préfet aurait omis d'appliquer les quatre critères légaux et de les prendre en compte en ne mentionnant pas ces absences de particularité dans son parcours. Ainsi, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des articles L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. Alors que M. A n'invoque aucune circonstance humanitaire, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé estentré récemment sur le territoire français, qu'il n'a pas tissé de liens stables sur le territoire, qu'il est célibataire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Si l'intéressé s'était investi professionnellement dans le secteur du bâtiment et participait à des chantiers d'envergure dans le département de la Savoie, son travail sans autorisation ne saurait démontrer une insertion au sein de la société française. Par suite, et nonobstant la circonstance que le comportement de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, M. A n'est pas fondé à soutenir que, par la mesure contestée, le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation et aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait privé de base légale doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.
Sur les frais d'instance :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.
Le magistrat désigné,
N. B
La greffière,
V. JOLY
La République mande et ordonne au préfet de La Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026