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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305256

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305256

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 11 août 2023, M. C B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 11 août 2023, Mme E A épouse B représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a d'une part rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 12 janvier 2023 et d'autre part lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A épouse B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est illégale dans la mesure où elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne justifie pas qu'il a bien recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- l'avis de de l'OFII est irrégulier eu égard à son contenu et aux conditions de son adoption ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

- le péfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Morel en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 septembre 2023 à 11h30 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Morel ;

- les observations de Me Huard représentant M. B et Mme A épouse B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais sont nés respectivement en 1985 à Shkoder et en 1981 à Qaf. Ils sont mariés et sont entrés régulièrement sur le territoire français le 10 décembre 2021 munis de leurs passeports albanais et accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Par des décisions du 12 avril 2022 confirmées le 18 août 2022 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a en procédure accélérée rejeté leur demande d'asile. Le 12 janvier 2023 Mme B a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêtés du 25 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B et a fait obligation à M. et Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M.et Mme B, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ().Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ".

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. /Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). /Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. Le préfet a produit en défense l'avis du collège des médecins de l'OFII, émis le 30 mai 2023. Le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Cet avis est signé par les docteurs Fresneau, Gerlier et Delaunay qui ont été dûment habilités par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, régulièrement publiée, à siéger au collège des médecins de cet office. Il ressort des pièces du dossier que cet avis a été rendu sur la base du rapport médical rédigé par le docteur D. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, du fait de ce que le préfet ne justifie pas qu'il a bien recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII, que l'avis de de l'OFII est irrégulier eu égard à son contenu et aux conditions de son adoption ; l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit être écarté.

8. Si le juge est saisi à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il lui appartient de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur l'avis du collège de médecins précité indiquant que, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale son défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait cru lié par l'avis de médecins du collège de l'Office pour rejeter la demande de titre de la requérante. Mme B soutient qu'elle souffre d'épisodes de douleurs thoraciques brutaux, avec irradiation aux mâchoires, et d'une tachycardie, imposant des opérations chirurgicales, et notamment une ablation de réentrée intra-nodale. Elle fait valoir qu'elle poursuit des soins et un suivi médical régulier, et bénéficie d'un traitement médicamenteux. Elle indique qu'un holter a été implanté, afin de suivre les symptômes dont elle souffre, démontrant que des examens sur les pathologies dont elle souffre sont encore en cours. Toutefois les documents qu'elle produit ne permettent pas de remettre en cause l'avis de l'Office. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations en le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

11. Les arrêtés qui mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent sont suffisamment motivés au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et le Préfet a bien procédé ç à un examen particulier de leur situation. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

12. M. et Mme B ont eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'ils estimaient utiles lors du dépôt de leur demande d'asile et en cours d'instruction de leur demande. En tout état de cause, les requérants ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens des décisions contestées, notamment quant à la santé de Mme B. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

13. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

14. Si Mme A épouse B invoque son état de santé cette branche du moyen sera écartée compte tenu de ce qui a été indiqué au point 9. Par ailleurs la durée du séjour en France des requérants est récente puisqu'elle est d'un an à la date de la décision attaquée et cette durée est liée à l'instruction de leur demande d'asile. M. et Mme B ont vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. Leur demande d'asile a été rejetée. Si les requérants indiquent que leurs trois enfants sont avec eux sur le territoire et y sont scolarisés étant de la même nationalité, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Les circonstances que les requérants prennent des cours de français et s'investissent bénévolement ne suffisent pas à elle seule à justifier un droit au séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont fondés ni à invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celle de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux fins d'injonction au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B et Mme A épouse B sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme A épouse B, à Me Huard, et au Préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel Le greffier,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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