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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305299

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305299

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 14 août 2023, M. D, représenté par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 € par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 ;

M. D soutient que :

- l'arrêté attaqué et entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit dans la mesure où le Préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile de l'l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) n'est pas définitive ;

- Il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Bosnie ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs

- le préfet n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation personnelle et familiale et a entaché sa décision d'erreur de droit ;

- le Préfet ne pas l'a pas mis à même de présenter de observations écrites ou orales avant de prendre la décision attaquée ;

- la décision méconnaît son droit un recours effectif devant la Cour Nationale du Droit d'Asile contre la décision de l'OFPRA de rejet sa demande d'asile, en violation des dispositions des articles 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et 13 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamental ;

- Cette décision peut être suspendue dans la mesure où il a fait appel de cette décision devant la CNDA ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

II) Par une requête enregistrée le 14 août 2023, Mme E épouse D, représentée par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 € par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Mme E épouse D soutient que :

- l'arrêté attaqué et entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit dans la mesure où le Préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile de l'l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) n'est pas définitive ;

- Il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Bosnie ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation personnelle et familiale et a entaché sa décision d'erreur de droit ;

- le Préfet ne pas l'a pas mis à même de présenter de observations écrites ou orales avant de prendre la décision attaquée ;

- la décision méconnaît son droit un recours effectif devant la Cour Nationale du Droit d'Asile contre la décision de l'OFPRA de rejet sa demande d'asile, en violation des dispositions des articles 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et 13 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamental ;

- Cette décision peut être suspendue dans la mesure où il a fait appel de cette décision devant la CNDA ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E épouse D ne sont pas fondés.

-

Vu :

-les autres pièces du dossier,

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Morel en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 13 septembre 2023 à 15h00 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Morel ;

- les observations de Me Borges De Deus Correia représentant M. D et Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme D, ressortissants de nationalité bosnienne sont nés respectivement en 1979 à Leskovac (Yougoslavie) et en 1982 à Tupkovic Gornji (Yougoslavie). Ils sont mariés et sont entrés régulièrement sur le territoire français le 16 décembre 2022. Le 30 mai 2023 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes d'asile. Le 30 juin 2023, la préfète de la Drôme leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers mariés et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. D et Mme D, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

Sur les conclusions aux fins annulation :

4. Par un arrêté du 30 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de la Drôme a donné à Mme. Grail-Dumas, directrice de cabinet, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations en le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Les arrêtés attaqués qui mentionnent les éléments de fait propres à la situation de M.et Mme D et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent sont suffisamment motivés au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontrent que la situation des intéressés a fait l'objet d'un examen préalable. M.et Mme D qui ont pu exposer leur situation au cours de leur entretien à l'office français de protection des réfugiés et apatrides, n'ont adressé au préfet aucun élément susceptible de l'alerter sur leur situation et ne font état dans leurs recours d'aucun fait susceptible d'influer sur le sens de la décision prise à leur encontre. Dès lors, les requérants ne sont fondés à soutenir ni que les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ni qu'elles sont entachées d'erreur de droit dans la mesure où le Préfet se serait estimé lié par les décisions de rejet de leurs demandes d'asile de l'l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ; ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen individualisé de leur situation personnelle et familiale ;

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Selon les dispositions du d) du 1°de l'article L. 542-2 du même code, le droit de se maintenir prend fin lorsque l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile d'un demandeur provenant d'un pays considéré comme sûr en statuant selon la procédure accélérée prévue par l'article L. 531-24.

8. M.et Mme D sont ressortissants de Bosnie, pays qui est au nombre des pays considérés comme sûrs. Ils ont vu leur demandes d'asile rejetées par des décisions de l'OFPRA qui leur ont été notifiées le 26 juin 2023. Dès lors, ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de cette date. La préfète de la Drôme qui ne s'est pas estimée en situation de compétence liée, n'a commis ni erreur de fait ni erreur de droit en estimant que les intéressés avaient été déboutés de leur demande d'asile, les arrêtés attaqués n'indiquant pas que les décisions de l'OFPRA avaient un caractère définitif.

9. Les dispositions citées au point 7 ne privent pas les requérants de leur droit à exercer un recours contre les décisions de rejet de l'office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile. En outre, ils ont pu contester l'obligation de quitter le territoire français prise à leur encontre et demander, dans le cadre de leur recours contre la mesure d'éloignement, le bénéfice des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut demander au président du tribunal administratif, s'il justifie d'éléments sérieux, la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si cette dernière a été saisie, jusqu'à sa décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen doivent être écartés.

10. Les requérants n'établissent par aucune pièce probante la réalité et l'actualité des risques qu'ils disent encourir en cas de retour en Bosnie, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. M.et Mme D font valoir qu'ils ont été contraints de quitter la Bosnie avec leurs trois enfants car ils faisaient l'objet d'insultes et de menaces par les membres d'une association musulmane dans laquelle leur fils aîné avait pris des cours de religion mais avait refusé de partir combattre en Syrie et en Ukraine.Toutefois,pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 à 10, le moyen tiré de ce que M.et Mme D ne peuvent mener une vie privée et familiale normale en Bosnie où ils risquent d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, ne peut qu'être écarté ainsi que celui tiré de l'atteinte portée par ces décisions à l'intérêt supérieur de leurs enfants.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. "

13. Les requérants, originaires de Bosnie, qui viennent d'un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne démontrent pas la nécessité de se maintenir en France jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur leurs recours dirigés contre les décisions de l'OFPRA du 30 mai 2023. Ils ne produisent pas d'élément démontrant que l'exécution des obligations de quitter le territoire français dont ils ont été destinataires serait susceptible de leur faire courir des risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, les requérants ne sont pas privés de la possibilité d'exercer un recours contre les décisions de l'OFPRA, les dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant précisément dans l'hypothèse visée au 7° de l'article L. 743-2 précité du même code que le ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut demander au président du tribunal administratif la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la CNDA ou, si cette dernière est saisie, jusqu'à sa décision. En l'espèce, les conclusions à fin de suspension qu'ils présentent à titre subsidiaire doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes aux fins d'annulation et de suspension présentées par M.et Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D et Mme E épouse D sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme E épouse D, à Me Borges De Deus Correia, et à la préfète de la Drôme

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023

Le magistrat désigné,

M. Morel Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2305299 2305300

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