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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305311

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305311

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2023, M. B A, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de prendre toute mesure pour mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble, il est signé par une autorité incompétente.

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle méconnaît l'autorité de chose jugée ainsi que l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit résultant de ce que les mentions relatives à l'exécution de la mesure d'éloignement sont erronées.

* En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, elle sera annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire.

* En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :

- elle sera annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas tenu compte de ce qu'il ne présente pas une menace à l'ordre public.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- et les observations de Me Coutaz, substituant Me Terrasson, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France le 18 janvier 2020, sous couvert d'un visa de long séjour. Par un arrêté du 2 mars 2023, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il avait sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours qu'il a formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 13 juin 2023. Par un arrêté du 9 août 2023, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 9 août 2023, pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. C D, directeur de cabinet du préfet de la Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 3 juillet 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 4 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'autorité de chose jugée attachée au jugement précité du tribunal administratif de Grenoble ainsi que les dispositions de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'apprécier son bien-fondé. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, la circonstance que le préfet de la Savoie ait refusé de délivrer au requérant un titre de séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, par son arrêté précité du 2 mars 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 13 juin 2023, ne le privait pas de la possibilité de prendre une nouvelle décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'article 7 de l'arrêté attaqué comporterait une mention erronée quant au caractère suspensif de l'exécution de la mesure d'éloignement est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

9. En premier lieu, si M. A soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français serait insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Le fait que le préfet de la Savoie n'ait pas mentionné dans la décision attaquée que le comportement de M. A ne constituait pas une menace pour l'ordre public, ne permet pas à lui seul de considérer que l'autorité administrative n'aurait pas pris en considération l'ensemble des critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé représenterait une telle menace.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Savoie du 9 août 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Terrasson et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bourion, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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