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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305312

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305312

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2023, M. D B, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) de faire application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire avec un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de droit dans l'appréciation du délai de départ volontaire qu'il lui a accordé ;

- il n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation pour fixer le délai de départ.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Heintz, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a déclaré être entré en France le 3 octobre 2002. Le 19 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, sur le fondement des dispositions du f) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2.En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". En vertu de ces dispositions qui sont applicables aux ressortissants algériens, l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent les conditions prévues aux articles énumérés, ou aux stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre.

5. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. () ". Et aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () / f) Au ressortissant algérien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'un certificat de résidence portant la mention "étudiant" () ".

6. Si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis plus de dix années, cette seule circonstance, à la supposer établie, est insuffisante pour la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement du f) de l'article 7 bis précité qui suppose en outre que l'intéressé ait été en situation régulière depuis plus de dix ans ou qu'il ait été pendant toute cette période titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Dès lors que le requérant n'établit ni même n'allègue satisfaire à l'une de ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû consulter la commission de titre de séjour avant de refuser de lui délivrer le titre sollicité. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement soutenir qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 1) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien alors qu'il n'a déposé sa demande que sur le seul fondement du f) de l'article 7 bis de cet accord.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. M. B soutient qu'il vit depuis plus de dix ans en France où il aurait transféré le centre de ses intérêts. Si les nombreuses pièces versées au dossier par le requérant permettent d'établir sa présence habituelle sur le territoire français au cours des dix dernières années, toutefois il n'est pas contesté par le requérant que sa cellule familiale se situe en Algérie ou y résident son épouse et son fils né en octobre 2007. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il est hébergé par son frère, il ne justifie en France, où il s'est maintenu en situation irrégulière depuis son entrée sur le territoire, d'aucune insertion sociale, amicale ou professionnelle. Dans ces circonstances, et en dépit de la durée de son séjour, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant pour apprécier le délai de départ de trente jours qu'il lui a accordé. Le moyen tiré à cet égard de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les articles 7, 8 et 12 de la directive n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'apprécier son bien-fondé. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bourion, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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