vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305315 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | COUTAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2023, M. B A, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder à l'effacement des données du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le même délai ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours suivant la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 de ce code en même temps que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- les observations de Me Coutaz, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 10 juin 1987, est entré en France le 27 octobre 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 juin 2021. Le 23 novembre 2021, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le recours qu'il a formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 18 février 2022, confirmé par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon le 25 juillet 2022. Le 25 janvier 2023, il a déposé auprès des services de la préfecture de l'Isère une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué du 5 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 5 juillet 2023 pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, chef du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (). Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
4. Le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " aux motifs, d'une part, qu'il n'avait pas été pas en mesure de présenter un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail valable dès lors que celle obtenue le 4 janvier 2022 se fondait sur les déclarations erronées de l'intéressé et, d'autre part, qu'il ne disposait pas d'un visa long séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'une autorisation de travail a été délivrée à M. A pour travailler en qualité de chef de chantier au sein de l'entreprise Iso-Bâtiment-Ravalement avec un contrat à durée indéterminée à compter du 6 janvier 2022 pour un salaire brut de 2 200 euros. Cette autorisation a été obtenue après que l'employeur de M. A a déclaré que ce dernier résidait hors de France, alors que l'intéressé était en réalité déjà présent sur le territoire français. Le requérant fait valoir que cette erreur serait imputable à son employeur et ne justifierait dès lors pas le refus de séjour qui lui est opposé. En tout état de cause, il ne conteste pas qu'il n'était pas titulaire d'un visa de long séjour lors de son entrée sur le territoire français et qu'il n'a jamais bénéficié, depuis cette entrée, d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle. Sa demande de titre de séjour, présentée sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas au nombre de celles pour lesquelles l'étranger est dispensé de la production d'un visa de long séjour en application des articles L. 412-2 et L. 412-3 du même code. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Isère aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce motif, qui justifiait à lui seul un refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office sa situation au regard de ces dispositions. Dès lors, les moyens tirés de leur méconnaissance sont inopérants.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. Le requérant est entré en France en octobre 2019, à l'âge de 32 ans. Il est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut d'une relation avec une ressortissante française depuis avril 2021 et fait état d'une résidence commune depuis novembre 2022, il ne produit aucune pièce de nature à établir l'ancienneté et la stabilité de cette relation. Notamment l'adresse mentionnée sur ses bulletins de salaire, dont le dernier date de juin 2023, ne correspond pas à celle de la personne qu'il présente comme sa concubine. En outre, dans la fiche de renseignements produite à l'appui de sa demande de titre, datée du 25 janvier 2023, il a rayé la mention " concubinage ". Par ailleurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Turquie où résident sa mère, sa sœur et son frère. Enfin, il n'établit pas avoir noué en France des liens personnels d'une particulière intensité. Dans ces circonstances, et alors même qu'il justifierait de perspectives d'insertion professionnelle, le préfet de l'Isère a pu légalement lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, au vu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Au vu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
13. L'arrêté attaqué vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il rappelle les dispositions et mentionne les éléments de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour édicter à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il ressort de ces éléments que le préfet a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par les dispositions de l'article L. 612-10 du même code. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que pour prendre une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de l'Isère se soit estimé en situation de compétence liée.
15. En troisième lieu, compte tenu des éléments énoncés au point 8 et de la circonstance que le requérant a fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, cette mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
16. Enfin, au vu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.
Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Coutaz et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bourion, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le président rapporteur,
V. L'HÔTE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
M. HEINTZ La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2305315
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026