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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305322

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305322

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2022, M. C A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre audit Préfet de réexaminer sans délai sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre audit Préfet de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023 le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant pas présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant Turc né en 2003 à Konya, a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Haute-Savoie le 11 août 2022. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 22 novembre 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mai 2023. Par l'arrêté attaqué du 1er août 2023 le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

4. M. A indique qu'il a quitté son pays à l'âge de 19 ans pour échapper au service militaire et qu'il était susceptible en tant qu'insoumis d'être exposé à des risques importants et notamment d'être contraint de participer des violences ou des exactions voire à les subir. Il fait valoir que la législation turque ne prévoyant pas le statut d'objecteur de conscience les insoumis sont susceptibles d'être poursuivis et ne peuvent ni s'inscrire à l'université ni travailler ni créer une entreprise Toutefois, alors que par une décision confirmée par la CNDA, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile, le requérant ne produit aucun élément probant au soutien de ses écrits quant aux risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays. Il n'établit pas, par la production de documents généraux, la réalité des faits allégués, ni l'existence de menaces actuelles et personnelles pesant sur lui, de nature à l'exposer à des traitements prohibés par les dispositions citées au point 3. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A indique qu'il a été engagé comme carreleur dans une société dans le cadre d'un contrat de travail a duré indéterminée et qu'une demande d'autorisation de travail a été déposée pour lui le 15 février 2023 par son employeur. Il fait valoir une bonne intégration en France et peu de liens avec son pays d'origine. Toutefois la durée séjour en France de M. A est récente et liée à l'instruction de sa demande d'asile. Il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où il conserve nécessairement des attaches personnelles et sociales. Par ailleurs sa demande d'asile a été rejetée. Si M. A invoque l'exercice d'une activité professionnelle il est constant qu'il ne dispose ni d'un titre de séjour ou tout autre document l'autorisant à travailler. Il pourra exercer son métier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. M. A indique que l'interdiction de retour n'est qu'une faculté pour le préfet et doit répondre aux critères fixés par l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il invoque des circonstances humanitaires faisant obstacle à cette mesure eu égard aux risques de traitement inhumain et dégradant qu'il pourrait subir en cas de retour dans son pays. Il fait valoir que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que le préfet n'a pas tenu compte de son insertion professionnelle. Toutefois il résulte de la décision en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par préfet de la Haute-Savoie après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point 7. Par ailleurs, la situation de M. A ne caractérise pas l'existence de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire le préfet à ne pas assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire d'une interdiction de retour. Si M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'établit pas disposer de liens importants sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, des dispositions citées au point 7 doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. BLe greffier,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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