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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305380

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305380

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 2
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, Mme C, représentée par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet d'examiner à nouveau sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 200 € par jour de retard ;

3°) de condamner le préfet à lui verser la somme de 1200 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-son auteur est incompétent ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision méconnaît article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- son auteur est incompétent ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 septembre 2023 à 10 h, ont été entendus :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Mme C, en présence de Mme E, interprète en arménien.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme C, ressortissante arménienne née en 1985 à Yerevan, est entrée en France le 23 décembre 2022. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 24 mai 2023. Elle a demandé l'aide juridictionnelle à la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 4 août 2023 le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme C à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son en ensemble :

3. Par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. D A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations en le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué qui mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme C et les considérations de droit sur lesquels il se fonde est suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontre que la situation de l'intéressée a fait l'objet d'un examen préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen préalable doivent être écartés.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Mme C soutient qu'elle est accueillie chez sa tante avec sa mère, qui habitait déjà en France à leur arrivée. Elle fait valoir qu'elle suit des cours de français depuis son arrivée dans l'objectif de pouvoir mieux communiquer avec les personnes qui l'entourent et intégrer une association pour la communauté LGBT. Toutefois elle ne réside en France que depuis décembre 2022. La faible durée de sa présence en France est en outre liée à l'instruction de sa demande d'asile. L'intéressée a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où elle conserve nécessairement des attaches personnelles et sociales. Sa demande d'asile a été rejetée. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir, qu'en adoptant la décision attaquée le préfet de l'Isère, aurait méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet par laquelle il a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français n'est pas illégale.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

9. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 8 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

10. Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Mme C fait valoir en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination qu'elle est menacée en cas de retour dans son pays à raison de son orientation sexuelle. Toutefois, alors que sa demande de protection internationale a, au demeurant, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides elle ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions indiquées au point 10 doit, par suite, être écarté.

Sur les autres conclusions :

12. Par voie de conséquence des conclusions présentées aux fins d'annulation de la décision attaquée les conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre des articles 37 -2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er Mme C est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Pierot et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. B La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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