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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305411

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305411

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, Mme B, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce que le préfet mentionne qu'elle est célibataire ;

- elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle justifie avoir demandé une autorisation de travail sur laquelle il n'a pas été statué ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés et notamment que la demande d'autorisation de travail adressée par papier à la DIRECCTE le 7 avril 2021 n'est pas valable dès lors que, depuis le 6 avril 2021, ces démarches doivent être effectuées en ligne par l'employeur et qu'il n'est pas justifié que ce dernier n'a pu compléter la demande qu'il a formulée le 20 mai 2021 en raison d'un dysfonctionnement de la plateforme, ainsi qu'il est soutenu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet,

- et les observations de Me Miran, substituant Me Huard et représentant Mme B.

1. Mme B, ressortissante bosnienne née le 1er décembre 1992, est entrée régulièrement en France le 10 août 2019 sous couvert d'un titre de séjour autrichien valable du 20 février 2017 au 20 février 2022 portant la mention " séjour permanent UE ". Le 7 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour soit en qualité de salariée, en se prévalant d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société Prodental-Diadent, soit au titre de sa " vie privée et familiale ". Par l'arrêté attaqué du 21 juillet 2023, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (). ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Saisi régulièrement d'une telle demande, le préfet est tenu de l'instruire et ne peut pendant cette instruction refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

5. Aux termes de l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à Mme B la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " au motif qu'elle n'était pas en mesure de présenter une autorisation de travail visée par les services de la main d'œuvre étrangère et qu'elle n'avait pas répondu à des demandes de pièces complémentaires des 21 avril 2022, 9 juin 2022 et 15 décembre 2022 " afin d'obtenir sa demande d'autorisation de travail ".

6. Ni la formulation précitée de la décision en litige, ni les écritures en défense, qui font seulement état de l'obligation de déposer la demande en ligne, ne permettent de comprendre s'il aurait été demandé de justifier de la demande d'autorisation pour instruire le titre ou de produire des pièces pour instruire la demande d'autorisation. Or, Mme B produit la confirmation de dépôt de la demande d'autorisation de travail en ligne effectuée par son employeur le 20 mai 2021. Il n'est produit ni réponse, ni demande de pièce complémentaire, malgré la contestation. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de faire droit à sa demande de titre, le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que l'arrêté du 21 juillet 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulé. Par voie de conséquence, il en va de même, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir dans l'attente et sous huitaine d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 21 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous huitaine.

Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

A. TRIOLET

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

J-L BAN

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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