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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305471

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305471

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2023, M. C A, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

- 1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- 2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 août 2023 par lequel le préfet du Rhône, préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a ordonné sa remise aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

- 3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

;

- 4°) de condamner l'État, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridique, à payer à son conseil la somme de 1 200 euros.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- il convient de s'assurer qu'une décision explicite existe ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à ne pas faire application de l'article 17 du

Règlement Dublin de 2013 ;

- la personne ayant exercé les fonctions d'interprète n'avait pas les qualifications requises ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 5 septembre 2023 à 10H45 :

- M. Vial-Pailler a présenté son rapport, et entendu les observations de Me Miran, représentant M. C A qui a indiqué que ce dernier présente un état de santé sévère avec un risque suicidaire, qu'il convient d'éliminer tout risque lié au transfert, que ses troubles n'étaient pas pris en charge en Autriche.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 25 octobre 1998, de nationalité pakistanaise, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 11 avril 2023. Il a sollicité, le 19 avril 2023, le statut de réfugié. Saisies le 26 mai 2023 d'une demande de prise en charge de la demande de l'intéressé, sur le fondement de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, les autorités autrichiennes ont accepté leur responsabilité par un accord explicite le 30 mai 2023. Aux termes de l'arrêté contesté du 16 août 2023, le préfet du Rhône a ordonné la remise de M. A aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". La condition d'urgence prévue par l'article 20 de la même loi doit être regardée comme remplie au cas d'espèce. Il y a ainsi lieu d'admettre M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

En ce qui concerne l'arrêté de remise aux autorités autrichiennes :

Sur la motivation et le défaut d'examen :

3. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée. Aux termes de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et notamment son article 18. Il précise, notamment : " qu'après consultation du fichier européen EURODAC, il est apparu que Monsieur A C D avait été identifié en Autriche, où il a demandé l'asile le 29/03/2023 sous le numéro AT 1 29483375-11590637 () qu'au cours de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du même Règlement, Monsieur A C D n'a pas présenté d'observations utiles () que les autorités autrichiennes ont été saisies le 26/05/2023 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé () que l'Autriche a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de Monsieur A C le 30/05/2023, en application de l'article 25 du Règlement (UE) ()". Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à M. A de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté. Par ailleurs, M. A, qui ne justifie pas avoir au cours de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, porté à la connaissance du préfet des éléments sur son état de santé, n'est pas fondé à soutenir que ce dernier n'aurait pas pris en compte sa situation personnelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

Sur l'erreur de fait et l'erreur de droit :

5. Le préfet du Rhône justifie de la saisine des autorités autrichiennes, le 26 mai 2023, d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'accord explicite pour la réadmission de M. A le 30 mai 2023.

Sur les autres moyens :

6. Aux termes de l'article L. 572-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger.".

7. Si le cas échéant, la méconnaissance des dispositions susvisées peut avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours contentieux à l'encontre d'une décision de transfert, une telle méconnaissance est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de cette décision. Le requérant ne peut utilement invoquer la circonstance que les services de la préfecture ne lui auraient pas transmis les informations mentionnées à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors de la notification de la décision en litige pour soutenir que ladite décision est entachée d'un vice de procédure, à défaut pour le préfet de justifier de la nécessité du recours à un interprète par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. En tout état de cause, M. A a été en mesure de contester l'arrêté selon les voies et délais de recours prévus par la législation nationale et de solliciter l'assistance d'un avocat.

8. Aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ".

9. La faculté laissée à chaque État membre, par le 1° de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. M. A produit diverses pièces médicales, notamment un certificat médical du Dr B établi le 18 mars 2023, qui atteste qu'il présente des troubles sévères nécessitant un accompagnement spécialisé pluridisciplinaire, et un traitement pharmacologique quotidien, que l'arrêt de la prise en charge actuelle aurait des conséquences d'une extrême gravité sur son état de santé (risque suicidaire majeur). Le certificat ajoute que ses troubles n'ont pas été pris en charge durant son séjour en Autriche. Toutefois, sur ce dernier point, ce certificat médical se borne à reprendre les déclarations de l'intéressé et ne permet pas de tenir pour établi le défaut de soins en Autriche. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Autriche, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, ne serait pas en mesure d'assurer au requérant une prise en charge médicale équivalente à celle qu'il reçoit en France. En tout état de cause, le requérant ne démontre pas davantage qu'il encourt un risque personnel, actuel, direct et sérieux de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en Autriche, Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que dès lors, il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre de l'Union est conforme aux exigences desdites conventions. Dès lors, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue au § 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 et en décidant de sa remise aux autorités autrichiennes.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Miran, et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

C. Vial-PaillerLe greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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