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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305507

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305507

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 22 août 2023 sous le numéro 2305508, M. G représenté par Me Terrasson demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre audit préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

4°) de verser à son conseil la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. G soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article L. 513 2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait l'article 14 § 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- elle méconnait l'article 50 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 22 août 2023 sous le numéro 2305507, Mme D demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre audit préfet de de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

4°) de verser à son conseil la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article L. 513 - 2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait l'article 14 § 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- elle méconnait l'article 50 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu :

-les autres pièces du dossier,

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Morel en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 12 septembre 2023 à 10h au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Morel ;

- les observations de Me Terrasson, représentant M. G et Mme D.

- les observations de Mme D assistée de Mme B, interprète en anglais.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G et Mme D, ressortissants nigérians sont nés en 1994 à Uromi. Ils disent être entrés en France en septembre 2020 pour Monsieur et en juillet 2021 pour Madame. Le 30 novembre 2021 pour Madame et le 7 octobre 2021 pour Monsieur E français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a en procédure accélérée rejeté leur demande d'asile. Par arrêtés du 16 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers en situation de concubinage et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. G et Mme D, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. Par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. H A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. G fait valoir qu'il vit en France avec sa concubine Mme D, rencontrée en Italie et leur enfant, né en France le 10 janvier 2023. Mme D invoque la même situation. Toutefois leur séjour en France est récent et sa durée est liée à l'instruction de leur demande d'asile. Ils ont vécu jusqu'à l'âge de 26 ans s'agissant de Monsieur et 27 ans s'agissant de Madame soit la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. Les intéressés étant de même nationalité, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Par suite, ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, ces décisions ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Mme D soutient qu'elle craint pour sa sécurité et sa vie en cas de retour au Nigéria. Elle se prévaut d'un parcours d'asile traumatisant et soutient qu'elle a été, durant plusieurs années, victime d'un réseau de prostitution. Elle fait valoir en outre qu'au Nigéria, la maison de sa mère a été incendiée par des membres de ce réseau et qu'elle " est décédée des suites de ses brûlures ". Toutefois elle ne produit aucun élément probant au soutien de ses écrits quant aux risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays. Il en est de même s'agissant M. G quand il fait état dans son pays d'un litige foncier. Les requérants n'établissent pas, par la production de documents généraux, la réalité des faits allégués, ni l'existence de menaces actuelles et personnelles pesant sur eux, de nature à les exposer à des traitements prohibés par les dispositions citées au point 8. Dès lors, ils ne sont fondés à soutenir que les décisions ayant fixé le pays de renvoi méconnaissent ces dispositions.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : " () 7. Nul ne peut être poursuivi ou puni en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de chaque pays ". ; Aux termes de l'article 50 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné dans l'Union par un jugement pénal définitif conformément à la loi. " La décision d'interdiction de retour sur le territoire français constituant non une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative, M. G et Mme D ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. G et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. G et Mme D sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et Mme C D, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. MorelLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au le préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305507-2305508

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