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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305545

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305545

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, M. G F, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de condamner l'État à verser à son conseil une somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. F soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 28 août 2023, Mme C D, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) de condamner l'État à verser à son conseil une somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant pas présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience,

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme D, ressortissants mongols sont nés respectivement en 1997 et 2002 à Soukhebaatar. Ils déclarent être entrés en France le 20 février 2003. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile leur a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 11 juillet 2023 prise en procédure accélérée. Par des arrêtés du 7 août 2023, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. Eu égard à l'urgence à statuer sur les requêtes, il y a lieu d'admettre M. F et Mme D à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. Par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. E A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, délégation pour signer tout acte à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. F et Mme D soutiennent que les décisions attaquées méconnaissent le droit au respect de leur vie privée et familiale au motif que le couple vit en France avec leur enfant. Toutefois, la durée de leur séjour en France est récente et elle est liée à l'instruction de leurs demandes d'asile. Ils ont vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. Leur demande d'asile a été rejetée. M. F et Mme D étant de même nationalité, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, qu'en adoptant les décisions attaquées, le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 du même code : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. M. F et Mme D soutiennent qu'ils craignent pour leur vie en cas de retour en Mongolie parce qu'ils ont été frappés par plusieurs hommes et fait l'objet de traitements dégradants et de menaces. Toutefois, les requérants n'établissent pas la réalité des faits allégués, ni l'existence de menaces actuelles et personnelles pesant sur eux, de nature à les exposer à des traitements prohibés par les dispositions citées au point 7. Le moyen sera écarté.

9. Par suite les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

10. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 9 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

11. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 8 les requérants ne sont fondés à invoquer ni la méconnaissance de l'article 3 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni celle de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ni le fait qu'en prenant ces décision le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que M. F et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. F et Mme D sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G F et Mme C D, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition greffe le 29 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. B La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2305549

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