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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305582

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305582

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantLEFORT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 28 août 2023 sous le n° 2305582, M. D A , représenté par Me Lefort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- il appartient à l'administration, en vertu de l'article R. 776-18 du code de justice administrative, de produire la décision attaquée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire en l'absence de preuve d'une notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de lecture publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023 , e préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II°) Par une requête enregistrée le 28 août 2023 sous le n° 2305583, Mme C A , représentée par Me Lefort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- il appartient à l'administration, en vertu de l'article R. 776-18 du code de justice administrative, de produire la décision attaquée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire en l'absence de preuve d'une notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de lecture publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendus au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, de nationalité turque, sont entrés en France le 3 juillet 2022 sous couvert d'un titre de voyage grec en cours de validité. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français des réfugiés et apatrides au motif qu'ils bénéficient depuis juin 2022 du statut de réfugiés en Grèce. Par arrêtés du 8 août 2023 dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Haute-Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. et Mme A, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

5. Par un arrêté du 15 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Haute-Savoie a donné à M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

6. Les arrêtés attaqués produits par le préfet de la Haute-Savoie mentionnent les éléments de fait propres à la situation de M. et Mme A et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la situation des requérants ne constitue pas un défaut de motivation. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ressort de cette même motivation que le préfet a bien procédé à l'examen de la situation des requérants avant de prendre les décisions attaquées.

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Selon les dispositions du a) du 1 °de l'article L. 542-2 du même code, le droit de se maintenir prend fin lorsque l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile comme irrecevable en application du 1° de l'article L.531-32 du même code.

8. Il ressort des mentions non contestées des extraits " Telemofpra " produit par le préfet, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que les décisions d'irrecevabilité ont été notifiées à M. et Mme A le 9 mars 2023. Dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français et le préfet était fondé à prendre à leur encontre une décision les obligeant à quitter le territoire français.

9. Les dispositions mentionnées au point 7 qui dérogent au principe posé par l'article L. 542-1 selon lequel le demandeur d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, ne privent pas le demandeur d'asile de la possibilité d'exercer un recours contre la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En outre, il résulte des dispositions combinées du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 4° de l'article L. 611-1, de l'article L. 614-1 et de l'article L. 722-7 du même code, qu'un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Ainsi, eu égard à ces garanties procédurales et juridictionnelles qui permettent notamment à l'étranger de faire valoir les risques qu'il estime encourir dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 46 de la directive 2013/32/UE doit être écarté. En outre, le droit à un recours effectif tel que protégé notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que l'étranger, dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée, puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction auprès de laquelle il peut d'ailleurs se faire représenter.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

10. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français opposées à M. et Mme A n'étant pas entachées d'illégalité, les décisions fixant le délai de départ volontaire, qui se fondent sur ces décisions, ne sauraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de celles-ci.

11. Si M. et Mme A font valoir qu'un délai plus long aurait dû leur être octroyé, ils n'assortissement ce moyen d'aucun justificatif et, comme il a été dit au point 10, il leur est possible de se faire représenter devant la Cour nationale du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire prises à l'encontre de M. et Mme A n'étant pas entachées d'illégalité, les décisions fixant le pays de destination, qui se fondent sur ces décisions, ne sauraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de celles-ci.

13. M. et Mme A, qui se bornent à présenter des considérations générales relatives au traitement en Grèce des bénéficiaires du droit d'asile et à la difficulté d'accéder à des soins sans produire aucun justificatif relatif à leur situation personnelle, ne démontrent nullement que, en tant que bénéficiaire de la protection internationale en Grèce, ils seraient susceptibles d'être exposés à des traitements inhumains ou dégradants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C A, au préfet de la Haute-Savoie et à Me Lefort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le président

J.P. B

Le greffier

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2305583

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