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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305586

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305586

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023, M. E A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistrés le 25 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. WYSS,

- et les observations de Me Miran, substituant Me Huard, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, également connu sous le nom de M. C, de nationalité ivoirienne, est entré en France à la date déclarée du 15 novembre 2021 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée le 9 janvier 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 7 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 7 août 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. La décision attaquée comporte la mention des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée. La circonstance que cette décision mentionne à tort que M. A, qui a d'ailleurs utilisé aussi l'identité de Issouf C, est marié et que son épouse réside en Côte d'Ivoire est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et ne révèle pas un défaut d'examen de sa situation particulière.

4. M. A a eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'il estimait utiles lors du dépôt de sa demande d'asile et en cours d'instruction de sa demande. En tout état de cause, il ne justifie pas d'éléments qu'il aurait vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision contestée. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

5. Si M. A fait valoir qu'il a fixé en France le centre de sa vie familiale aux côtés de sa compagne et de leur enfant à naître, il se borne à produire une copie du titre de séjour de cette dernière et n'apporte aucune précision sur la réalité et l'intensité de leur relation alors que le préfet la conteste expressément. L'entrée en France de l'intéressé est très récente, il ne justifie pas d'une intégration particulière alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de l'Isère et à Me Huard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le président

J.P. WYSS

Le greffier

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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