mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | COUTAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2023, M. D , représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours et dans l'attente, le lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative ;
M. D soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est illégale pour cause d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2019, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2023.
Par ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vial-Pailler,
- les observations de Me Coutaz, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, né le 9 juillet 1984, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 6 octobre 2017 sous couvert d'un visa C valable du 22 juillet 2017 au 22 octobre 2017. Le 11 juin 2022, il a épousé Mme B, de nationalité algérienne et résidant régulièrement en France depuis l'année 2011. Le 23 janvier 2023, M. D a sollicité en préfecture de l'Isère la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 6-5 de l'Accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté a été signé par M. E A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions attaquées. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
Sur le refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. D soutient être en ménage avec Mme B depuis le mois d'avril 2021, qu'il a épousée le 11 juin 2022. Il soutient, également, que son épouse vit en France depuis 2011, qu'elle est titulaire d'un certificat de résidence algérien de 10 ans, qu'elle travaille depuis de nombreuses années. Il indique disposer de promesses d'embauche pour exercer en tant que peintre ou soudeur.
6. Toutefois, M. D, dont l'épouse, de nationalité algérienne, est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, entre dans la catégorie ouvrant droit au regroupement familial. Par suite, il ne peut pas utilement se prévaloir des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Ces stipulations autorisaient le préfet de l'Isère, ainsi qu'il l'a fait, à lui refuser le certificat de résidence algérien présenté à ce titre, pour ce motif.
7. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D est arrivé sur le territoire français le 6 octobre 2017 à l'âge de 33 ans. Il s'est maintenu illégalement sur le territoire français pendant plus de cinq ans avant de demander la régularisation de sa situation administrative. A la date de la décision contestée, la communauté de vie entre M. D et sa partenaire était récente et les intéressés ne pouvaient ignorer, dès le début de leur relation, que leurs perspectives communes d'installation en France étaient incertaines, en l'absence de droit au séjour détenu par M. D. Aucun enfant n'est issu de cette union. L'intéressé a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il n'apparaît pas être dépourvu d'attaches en Algérie, pays dans lequel résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs et dans lequel l'intéressé s'y est nécessairement forgé des attaches personnelles et sociales. Dans ces conditions, malgré ses éventuelles possibilités d'intégration professionnelle, le refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été édicté et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ou familiale de l'intéressé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Ainsi qu'il a été mentionné ci-dessus, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. D n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination.
9. La circonstance que le préfet de l'Isère se soit fondé sur le refus de titre de séjour, conformément aux dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour obliger le requérant à quitter le territoire français ne révèle pas, à elle seule, qu'il se serait cru en situation de compétence liée pour prendre la mesure d'éloignement et alors qu'il résulte, au surplus, de la rédaction de la décision attaquée que cette autorité a vérifié que l'obligation de quitter le territoire français opposée à l'intéressé ne porterait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé et de l'erreur de droit doivent être écartés.
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Coutaz et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Frapolli, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
C. Vial-Pailler
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
I. Frapolli
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026