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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305603

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305603

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantALONSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août, 1er et 20 septembre 2023, M. A, représenté par Me Alonso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros à verser à M. A.

M. A soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence.

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreurs de fait ;

- méconnaît son droit à l'éducation tel que protégé par l'article L. 111-1 du code de l'éducation ;

- méconnaît la présomption d'innocence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi pour avis le collège des médecins de l'OFII ;

- méconnaît l'article 8 et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Par ordonnance du 7 septembre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2023.

Des pièces ont été produites pour M. A le 25 septembre 2023 et n'ont pas été communiquées.

Un mémoire enregistré pour le préfet le 25 septembre 2023 n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- et les observations de Me Borges, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er novembre 2003, est entré en France le 30 septembre 2019. Mineur, il a été confié aux services du conseil départemental de la Savoie jusqu'à sa majorité puis a bénéficié d'un contrat d'accueil de jeune majeur jusqu'au 18 octobre 2022. Le 23 septembre 2021 il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 4 aout 2023, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 22 mai 2023, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes en cause doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. La décision attaquée mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de motivation, codifiées à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté

4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. En premier lieu, il résulte des termes du courrier adressé au préfet par l'intéressé qu'il essaie de joindre de temps en temps sa mère qui réside au Mali et qu'il a eu des contacts avec son père pour avoir les documents nécessaires pour obtenir son passeport. Dans ces circonstances, le préfet a pu, estimer, sans erreur de fait, que l'intéressé n'était pas démuni d'attaches personnelles et familiales à l'étranger.

6. En deuxième lieu, si l'intéressé a été inscrit en 1er année de CAP " Maçon " au titre de l'année 2020/2021 puis en 2e année au titre de l'année 2021/2022, il n'a pas obtenu son diplôme et n'était pas scolarisé depuis un an à la date de la décision attaquée mais travaillait en tant qu'intérimaire. Dans ces circonstances, le préfet a pu, sans erreur de fait, estimer malgré les efforts fournis par l'intéressé que la caractère réel et sérieux du suivi de la formation faisait défaut.

7. En troisième lieu, si le préfet relève que nonobstant l'avis favorable du département à la délivrance d'un titre de séjour, l'avenant au contrat jeune majeur du 11 août 2022, produit en défense, lui fixe pour objectif d'adopter un comportement irréprochable en cessant ces crises de colère et d'agressivité, il n'affirme nullement que l'intéressé aurait été condamné pénalement pour ces faits ni qu'il représenterait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la présomption d'innocence doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () "

9. La qualité d'élève, qualité, dont au demeurant l'intéressé ne disposait pas à la date de la décision attaquée, ne confère pas aux étrangers majeurs un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-1 du code de l'éducation doit être écarté.

10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Si M. A se prévaut de son concubinage depuis novembre 2022 avec une ressortissante française, celui-ci demeure récent. Par ailleurs, l'insertion professionnelle de l'intéressé en France ne suffit pas à justifier le transfert en France de ses intérêts. M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale, et méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

13. Le requérant, qui n'a pas informé le préfet de sa pathologie, n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement prononcer à son encontre une mesure d'éloignement sans consulter le collège de médecins de l'OFII. En outre, le préfet justifie en défense par la production de la liste nationale des médicaments essentiels de Côte d'Ivoire de la disponibilité de son traitement dans son pays d'origine. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que du fait de maladie son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir pour le même motif que la décision contestée méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les conclusions de M. A, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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