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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305680

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305680

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 1
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023, M. C B, représenté par Me Djinderedian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui octroyer une protection contre l'éloignement en raison de son état de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les meilleurs délais et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnait l'article 3 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme

- méconnait les dispositions des articles L.721-4 et l'article L. 611-3 9° d du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

La décision portant interdiction de retour sur le territoire pour un an :

- méconnait les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Morand, greffier d'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité guinéenne, déclare être entré en France le 16 novembre 2021. Il a déposé une demande d'asile devant les services de la préfecture de l'Isère le 12 septembre 2022, qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 6 décembre 2022, décision confirmée le 20 avril 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Dès le 15 juin 2023 M. B a déposé une demande de protection contre l'éloignement. du 17 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui octroyer une protection contre l'éloignement en raison de son état de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

6. S'il ressort des pièces du dossier que M. B est atteint d'une hépatite B, il n'apporte aucune précision sur les traitements qu'il reçoit ou les soins qui lui seraient nécessaires. Par suite, il n'établit ni que le défaut de prise en charge médicale pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourrait bénéficier en Guinée d'un suivi adapté.

7. L'entrée en France de M. B est très récente, il n'y a aucune famille et il ne justifie d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Si M. B fait valoir qu'il encourt des risques en cas de retour en Guinée où il serait regardé comme responsable du décès d'une cliente de son herboristerie, il n'assortit cette affirmation d'aucun justificatif alors d'ailleurs que les autorités chargées de l'asile ont rejeté sa demande.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour [], l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

6. Il ressort des termes des décisions attaquées que, pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a mentionné que l'intéressé ne représentait pas une menace pour l'ordre public et n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il n'était présent en France que depuis deux ans, ne justifiait pas y disposer d'attaches familiales et n'établissait pas être démuni de lien dans son pays d'origine. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet de la Haute-Savoie de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

7. Le préfet de la Haute-Savoie a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, estimer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an pouvait s'appliquer à M. B eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Djinderedian et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe 25 septembre 2023.

Le président

J.P. A

Le greffier

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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