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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305766

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305766

mercredi 13 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHINOUF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, M. B, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

- 2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

- 3°) d'annuler la décision du préfet de la Drôme du 4 septembre 2023 qui l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre à titre principal au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours suivant la notification du jugement ;

5°) de lui enjoindre à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai 5 jours suivant la notification du jugement ;

- 6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 € à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 si l'aide juridictionnelle devait lui être accordée ; ou à lui verser 1 500€ sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative si l'aide juridictionnelle devait lui être refusée.

M. B soutient que

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux

- la décision est entachée d'erreur de fait

- la décision méconnait l'article L 422 -1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait l'article L 423- 23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait l'article L 435 -1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- La mesure est disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- La mesure est disproportionnée

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la des est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure est disproportionnée ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Chinouf, représentant M. B, M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né en 2002 à Kamsar, dit être entré en France en octobre 2019. Le 23 octobre 2019 le conseil départemental a refusé de le prendre en charge en tant qu'étranger mineur. L'intéressé a demandé l'asile au Préfet du Rhône lequel a, en application du règlement UE numéro 604 /2013, ordonné le 20 novembre 2020 son transfert en Espagne qui était responsable de l'examen de sa demande et dont les autorités avaient le 22 octobre 2020 accepté sa prise en charge. Par un jugement du 11 décembre 2020 le tribunal de céans a confirmé ce transfert. Le 29 avril 2021 M. B a refusé de se soumettre au test Covid requis par les autorités espagnoles se soustrayant ainsi volontairement à l'exécution de son transfert vers l'Espagne. Le 30 avril 2021 le préfet du Rhône l'a déclaré en fuite et a prolongé le délai de transfert jusqu'au 11 juin 2022. Le 29 avril 2021 le préfet du Rhône l'a assigné à résidence dans l'attente de l'organisation d'un prochain transfert. M. B s'est présenté au guichet de la préfecture le 20 mai 2021 dans le cadre d'une convocation qui lui avait été notifiée le 16 mars 2021. Le 8 juin 2021 le non-respect de cette mesure d'assignation à résidence a été constaté. L'intéressé qui a été déclaré en fuite a été interpellé et placé en centre en rétention administrative. Le 22 mai 2021 le juge des libertés et de la détention de Toulouse a mis fin à cette rétention. Le 1er août 2023 M. B a demandé un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant ". Par deux décisions du 4 septembre 2023 le préfet de la Drôme lui a d'une part fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an et d'autre part assigné à résidence. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour et aux conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des obligations de quitter le territoire français et des décisions subséquentes. En conséquence, les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux deux décisions :

4. Par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. F A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. B fait valoir son intégration sur le territoire en raison de ses études et de sa durée de présence . Il soutient que sa rentrée scolaire a été réalisée depuis le 4 septembre 2023 au lycée professionnel Montesquieu en baccalauréat professionnel et se prévaut notamment d'une promesse d'embauche en tant qu'apprenti par M. D gérant associé de l'Atelier D Vitraux dans le cadre d'un CDD en alternance pour la préparation d'un Bac Professionnel du bâtiment métallerie. Toutefois M. B est célibataire sans enfant à charge. S'il déclare être présent en France depuis 2019 il ne le justifie pas et en tout état de cause y réside en situation irrégulière. En outre M. B s'est soustrait volontairement à l'exécution de son transfert vers l'Espagne et n'a pas respecté une mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. La circonstance qu'il a obtenu un CAP métallier en 2023 ne suffit pas à elle seule à lui conférer un droit au séjour. M. B qui est domicilié chez un tiers n'a aucune attache familiale en France tandis qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine où réside sa mère. Il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans en Guinée où il a débuté sa scolarité et y a nécessairement des attaches personnelles. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. M. B n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale.

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

8. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 7 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

9. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée du requérant ne constitue pas un défaut de motivation. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. M. B estime que son comportement écarte tout risque de soustraction et aurait dû conduire le préfet à lui accorder un délai de départ volontaire. Il fait valoir qu'il dispose d'un logement connu à Valence qui est le même depuis le 15 octobre 2019 . Il soutient également avoir effectué sa rentrée scolaire le 4 septembre 2023 soit 3 jours avant la notification de la décision. Toutefois dans la mesure où M. B s'est soustrait volontairement à l'exécution de son transfert vers l'Espagne et n'a pas respecté une mesure d'assignation à résidence prise à son encontre il n'est fondé à soutenir ni que le refus de départ volontaire qui lui a été opposé est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ni que cette mesure est disproportionnée.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

12. Compte tenu du comportement de M. B tel que d écrit aux points 1,6 et 10 le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure est disproportionnée.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

13. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 7 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

14. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 8 à 10 la décision n'est pas illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

15. Cette décision est suffisamment motivée ;

16. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 1,6 et 10 M. B n'est fondé à soutenir ni que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ni qu'il s'agit d'une mesure disproportionnée ni qu'elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et prononçant une assignation à résidence doivent être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : Les conclusions dirigées contre le refus de délivrance du titre de séjour, celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué en formation collégiale.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Drôme a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a assigné M. B à résidence sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Chinouf et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le. 13 septembre 2023

Le magistrat désigné,

S. CLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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