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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305785

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305785

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Hunault, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 9 février 1992, est entré irrégulièrement sur le territoire français en dernier lieu le 5 septembre 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 8 décembre 2020, qui n'a pas été exécuté en dépit du rejet de son recours en annulation tant par le tribunal que par la cour administrative d'appel de Lyon le 7 janvier 2021, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a assorti cette décision d'une interdiction de retour de deux ans. Le 20 juillet 2023, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B, dont la requête a été enregistrée au greffe du tribunal le 7 septembre 2023, n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Grenoble. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne avec une précision suffisante les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. B et notamment les circonstances de son entrée sur le territoire français, sa situation administrative, familiale et professionnelle. Dans ces conditions et alors que, pour satisfaire à son obligation de motivation, le préfet n'était nullement tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant, l'arrêté, qui n'est pas stéréotypé, énonce, avec une précision suffisante, les éléments de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, décrite au point qui précède, ni des pièces du dossier que le préfet de la Savoie aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. B.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. B, qui soutient parler couramment le français, se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français, de la présence en France de cousins, de son intégration sociale et de son insertion professionnelle. Toutefois, contrairement à ses dires, il ressort des mentions du jugement du tribunal correctionnel de Chambéry l'ayant condamné le 28 mars 2022 à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis pour harcèlement, qu'il ne " parlait pas suffisamment la langue française ", de sorte qu'il a été fait appel à un interprète. En outre, la durée de présence du requérant sur le territoire français s'explique par le temps nécessaire à l'instruction de ses diverses demandes, ainsi que par le non-respect d'une mesure d'éloignement, dont la légalité avait été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel. Par ce comportement, l'intéressé ne démontre pas son intégration en France, dont le respect des lois et des décisions de justice est une composante. Enfin, si M. B, célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence en France de cousins, d'une part il ne démontre nullement l'existence des liens intenses et stables qu'il entretiendrait avec eux et, d'autre part il n'est aucunement isolé en Albanie où vivent sa mère et sa fratrie. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et alors qu'il lui est loisible de poursuivre son activité professionnelle dans son pays d'origine, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige méconnaît les dispositions précitées.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. La situation personnelle de M. B, telle qu'elle a été exposée au point 6, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui justifieraient qu'il soit admis à titre exceptionnel au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé aux points précédents, il est vainement excipé de l'illégalité du refus de titre de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, développés dans les mêmes termes qu'à l'encontre du refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées au point 6.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Savoie du 17 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en ce sens doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au conseil de M. B la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

K. HUNAULT

Le président,

V. L'HOTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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