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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305854

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305854

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023- AF 118 du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation tout en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France depuis 8 ans, a été méconnu ; il n'a plus de liens avec son pays d'origine ;

- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour, méconnait son droit à une vie privée et familiale s'exerçant en France et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 novembre 2023, Mme C a lu son rapport. Me Huard a présenté des observations pour M. A, le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant pakistanais, âgé de 24 ans, entré en France le 5 novembre 2015 selon ses déclarations, alors qu'il était encore mineur. Il s'est vu délivrer un titre de séjour à compter du 15 février 2018, qui a été renouvelé jusqu'au 14 février 2021, en qualité d'étudiant. Le 6 mars 2023, il a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose l'arrêté attaqué. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. M. A est entré en France le 5 novembre 2015, alors âgé de 15 ans, et a résidé en France de manière régulière jusqu'au 14 février 2021. Contrairement à ce qu'il indique dans ses écritures, il dispose encore d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et ses frères et sœurs, ainsi qu'il l'a mentionné dans sa fiche de renseignement produite par l'administration en défense. En France, le requérant ne démontre pas avoir noué des liens personnels d'une particulière intensité. S'il produit quelques bulletins de salaire pour l'année 2023, ces éléments sont insuffisants pour établir la réalité d'une insertion professionnelle. En outre, le préfet de l'Isère indique que M. A est défavorablement connu des services de police et l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation pénale le 7 avril 2023 pour vol en réunion dans la nuit du 14 au 15 février 2023, ce qui n'est pas le gage d'une bonne insertion dans la société française. Dans ces circonstances, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont été méconnues. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus sur la situation personnelle de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (). ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ".

6. M. A soutient que le préfet de l'Isère n'a pas pris en compte l'entièreté de sa situation au regard du travail et notamment le dernier emploi qu'il occupe depuis le mois d'avril 2023 en contrat à durée indéterminée, alors que la durée d'instruction de sa demande de titre de séjour a excédé 2 ans.

7. Le préfet de l'Isère reconnait que l'employeur de M. A a présenté une demande d'autorisation de travail le 28 octobre 2022 auprès des services de la Main d'œuvre étrangère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette demande n'a pas abouti, faute pour l'employeur d'avoir complété le dossier à la suite de la demande qui lui a été présentée le 24 novembre 2022. En outre, s'il était loisible au nouvel employeur de M. A, la société Adriaco, de présenter une demande d'autorisation de travail pour l'emploi qu'il occupe depuis le 7 avril 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que la société Adriaco a procédé à cette formalité, ni que le requérant aurait informé les services de la préfecture de sa nouvelle situation professionnelle avant que l'arrêté attaqué ne soit édicté. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet de l'Isère a entaché sa décision d'une erreur de fait.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère se serait abstenu d'examiner la situation particulière de M. A. Si l'intéressé soutient que la procédure d'instruction de sa demande de titre de séjour a été particulièrement longue, ce qui explique que le préfet de l'Isère n'a pas pris en compte l'intégralité de sa situation professionnelle pendant toute la période, il lui était loisible de saisir le tribunal de conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour née du silence gardé par l'autorité préfectorale à l'issue d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit caractérisé par un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de l'annulation, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, le moyen selon lequel la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction.

Sur les frais de l'instance :

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Me Huard tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

13. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er :M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :La requête de M. A est rejetée.

Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Céline Letellier, première conseillère,

- Mme Emilie Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

M. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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