jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305869 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, Mme B C, représentée par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un délai d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Cans sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
le refus de titre de séjour :
- est entaché d'incompétence ;
- méconnaît le 4° et le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît le 5° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
l'interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; (le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français avant l'expiration du délai de départ qu'il lui avait accordé)
- n'est pas justifiée par les motifs invoqués par le préfet ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- est entaché d'incompétence ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête ;
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2023.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Thierry, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1995 et arrivée en France en janvier 2018, a donné naissance le 14 novembre 2021 à un enfant, reconnu par un ressortissant français. Par l'arrêté en litige du 3 mars 2023 dont Mme C demande l'annulation, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de certificat de résidence formée le 14 juin 2022 en qualité de parent d'enfant français sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Mme C a formé le 31 mars 2023 dans le délai du recours contentieux, une demande d'aide juridictionnelle, qu'elle a obtenue par une décision du 18 juillet 2023 qui lui a été notifiée, selon l'attestation non contestée établie par son avocate, le 14 septembre 2023, soit après l'enregistrement de sa requête. Cette dernière n'a ainsi, contrairement à ce qui est soutenu par le préfet de l'Isère, pas de caractère tardif et n'est pas irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête :
3. Aux termes des dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Il ressort de ces stipulations que le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au parent d'un enfant français mineur résidant en France, dès lors que ce parent est soit titulaire, même de partiellement, de l'autorité parentale, soit subvient effectivement aux besoins de cet enfant.
4. En premier lieu, il ressort de l'arrêté en litige que pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité en application de ces stipulations, le préfet de l'Isère s'est uniquement fondé sur la circonstance qu'il n'est pas établi que le père de l'enfant français de Mme C entretient avec lui des liens et subvienne effectivement à ses besoins et à son éducation. Un tel motif est toutefois étranger aux conditions posées par les stipulations précitées. Le préfet de l'Isère a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.
5. En second lieu, dans son mémoire en défense le préfet fait également valoir qu'il n'est pas établi que Mme C subvient elle-même aux besoins de son enfant puisqu'elle est démunie de revenus. Toutefois, le préfet de l'Isère, qui doit être ainsi regardé comme demandant une substitution de motif, ne conteste pas que l'enfant français de Mme C vit avec elle et qu'elle pourvoit à son éducation. En dépit même de ce qu'elle ne justifie pas de revenus propres, elle doit, dans ces conditions, être regardée comme subvenant à ses besoins. Le préfet de l'Isère par le motif dont il propose la substitution, qualifie inexactement la situation de Mme C. Par ailleurs, le préfet de l'Isère reconnaît que Mme C dispose sur son enfant français de l'autorité parentale. Mme C remplit ainsi les deux conditions alternatives lui permettant de bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ".
6. Mme C est ainsi fondée à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision par laquelle lui a été refusé le titre de séjour sollicité.
7. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
8. L'annulation de la décision de refus de titre de séjour, implique par voie de conséquence également celle des décisions par lesquelles le préfet de l'Isère a obligé Mme C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un délai d'un an qui sont intervenues en application du refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
10. Le motif retenu par le présent jugement pour l'annulation de la décision litigieuse implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à Mme C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, le préfet de l'Isère lui délivrera une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de cette même notification. Il n'y pas lieu dans ces mêmes circonstances d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Cans peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros qui sera versée à Me Cans.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 mars 2023 du préfet de l'Isère est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Dans l'attente, il lui délivrera, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 :L'Etat versera, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 900 euros à Me Cans, avocate de Mme C.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de l'Isère et à Me Cans.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mmes A et Paillet-Augey, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le président,
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
A. A
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23058692
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026