jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305896 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 27 septembre 2023, M. C, représenté par Me Cans, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 juillet 2023, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans une délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
-le signataire de l'acte était incompétent ;
En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien : il établit par de nombreuses pièces justificatives résider en France depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : il vit sur le territoire français depuis plus de 15 ans, y a installé sa vie privée, s'est créé un réseau amical et associatif, a bénéficié de plusieurs promesses d'embauche et n'a jamais commis d'infraction ; le centre de ses intérêts se situe donc en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : par son intégration et son insertion professionnelle, il fait état de circonstances humanitaires justifiant l'annulation de cette décision ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Par ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2023.
Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de Me Cans, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 3 novembre 1983, déclare être entré en France le 15 janvier 2008. Il a fait l'objet le 26 juillet 2011, le 3 juin 2014 et le 2 septembre 2019 de décisions l'obligeant à quitter le territoire français. La dernière de ces décisions a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon par un jugement en date du 14 octobre 2019. Par jugement en date du 8 avril 2022, le tribunal administratif de céans a annulé la décision du 6 juin 2019 refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour sur le fondement du 1 de l'article 6 de l'accord franco algérien. Par l'arrêté attaqué du 14 septembre 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ", il y a lieu eu égard aux dispositions précitées d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et filiale " est délivré de plein droit :1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () 5) Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il appartient par ailleurs au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour, le préfet s'est fondé sur le fait qu'il ne justifiait pas de sa présence sur le territoire national entre janvier 2020 et octobre 2021 et que par suite il n'établissait une résidence fixe sur le territoire depuis plus de dix ans.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est arrivé en France en 2008, soit il y a quinze ans et qu'il y a résidé très majoritairement sinon exclusivement depuis cette date et y est intégré socialement. S'il est célibataire et sans attaches familiales et n'est pas dénué d'attaches dans son pays d'origine, il a fixé en France le centre de ses intérêts, du fait de la durée de sa résidence. Il établit son intégration et ses perspectives d'insertion professionnelle, notamment par la production de plusieurs contrats de travail, de bulletins de salaires, de promesses d'embauche récentes, ainsi que d'attestations d'employeurs et de collègues du Club Med de Val Thorens faisant état de son sérieux et du souhait de l'embaucher à nouveau dès que sa situation administrative le rendra possible. Enfin, ainsi que le fait valoir le requérant, il n'est pas contesté qu'il remplissait les conditions des stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien lorsque que le préfet de l'Isère a illégalement refusé le 6 juin 2019 d'enregistrer sa demande de titre sur ce fondement.
6. Dans ces conditions, dès lors que le centre de la vie privée et professionnelle du requérant se trouve désormais en France, le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. C.
7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé, dans l'ensemble de ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Compte tenu des motifs de l'annulation retenue, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à M. C le titre de séjour sollicité, ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer un tel titre à l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cans, avocate de M C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Cans de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 5 juillet 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. C un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de cette même date.
Article 4 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Cans, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Cans.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. A et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. A
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026