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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305929

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305929

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les articles 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pfauwadel, les parties n'étant ni présentes, ni représentées

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née en 1961, est entrée en France le 16 juin 2021 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 15 juin 2021 au 19 septembre 2021 délivré par les autorités consulaires à Alger pour raisons médicales. Elle a obtenu une autorisation provisoire de séjour valable du 1er février 2022 au 31 juillet 2022. Elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien par une demande enregistrée à réception de son dossier complet le 27 janvier 2023. Par un arrêté du 11 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (.) 7°) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

3. Dans son avis du 30 mai 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Le certificat médical produit par la requérante ne remet pas en cause l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet de la Haute-Savoie, fondée sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, quant aux conséquences pouvant résulter d'un défaut de prise en charge médicale de l'intéressée. Dès lors que le défaut de traitement ne peut être regardé comme susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la circonstance que Mme B ne pourrait pas effectivement bénéficier dans ce pays du traitement dont elle a besoin, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions précitées auraient été méconnues.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (.) 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ()". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. La requérante fait valoir sa durée de présence en France, son état de santé et sa prise en charge par ses deux frères de nationalité française et de nationalité suisse. Toutefois, ses frères qui la prennent partiellement en charge résident en Suisse et, par ailleurs, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a résidé l'essentiel de sa vie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ne pourrait pas bénéficier des soins que son état de santé nécessite dans son pays d'origine et l'interruption de sa prise en charge actuelle par une clinique française n'est pas de nature, ainsi qu'il résulte du point 3, à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces circonstances, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été édictée. Dès lors, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. Il résulte des mêmes circonstances que l'obligation de quitter le territoire national ne porte pas au droit de Mme B au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été édictée et qu'elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () "

8. Il résulte des circonstances exposées au point 3 que le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du 11 août 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, de même que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Bailleul

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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