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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305952

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305952

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL DOITRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2023 et le 20 février 2024 (non communiqué), la SCCV Urban Home Venus, représentée par Me Calvet-Baridon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Vougy a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vougy de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vougy la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté de refus de permis de construire méconnaît les articles N 1 et N 2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vougy ;

- l'arrêté de refus de permis de construire méconnaît le règlement X relatif aux zones à risques forts du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRNP) de la commune de Vougy ;

- le maire de Vougy a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme dès lors que celui-ci ne s'appliquait pas sur le territoire de la commune de Vougy qui est dotée d'un PLU ;

- le maire de Vougy a entaché l'arrêté de refus de permis de construire d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- le maire de Vougy a entaché l'arrêté de refus de permis de construire d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en considérant que la desserte routière du projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique ;

- le maire de Vougy a fait application des dispositions de l'article U 3.1 du règlement du PLU de Vougy qui n'étaient pas applicables ;

- le maire de Vougy a fait application des dispositions de l'article U 3.2 du règlement du PLU de Vougy qui n'étaient pas applicables ;

- l'arrêté de refus de permis de construire méconnaît l'article U 4.1 du règlement du PLU de Vougy ; le maire de Vougy aurait dû, le cas échéant, assortir le permis de construire sollicité de prescriptions spéciales tenant à la desserte du projet ;

- l'arrêté de refus de permis de construire méconnaît l'article U 4.2 du règlement du PLU de Vougy ; le maire de Vougy aurait dû, le cas échéant, assortir le permis de construire sollicité de prescriptions spéciales tenant à la desserte du projet ;

- le maire de Vougy a fait une inexacte application de l'article U 11.4 du règlement du PLU de Vougy ; le maire de Vougy aurait dû, le cas échéant, assortir le permis de construire sollicité de prescriptions spéciales sur ce point.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2023 et le 6 février 2024, la commune de Vougy, représentée par Me Bastid, conclut au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge de la SCCV Urban Home Venus la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- les moyens soulevés par la SCCV Urban Home Venus ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Tetu, représentant la SCCV Urban Home Venus et les observations de Me Bastid, représentant la commune de Vougy.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Urban Home Venus a déposé, le 21 avril 2023, une demande de permis de construire n° PC 074 3122 3A 0002 en vue de la réalisation de 3 bâtiments en R+1 intégrant chacun quatre logements, de l'aménagement de 15 places de stationnement en surface, d'un local deux roues, d'un sous-sol d'un seul niveau comportant 12 places de stationnement, d'un espace commun et d'une voirie. Ce projet emporte création d'une surface de plancher de 1140 m2, sur les parcelles cadastrées Section A nos 841, 992, 454, 994, 1929 et 455 situées au 138 rue du Rocher, " Les Fontaines ", sur le territoire de la commune de Vougy. Une maison d'habitation en R+1 et 4 annexes, actuellement édifiées sur le terrain d'assiette, doivent être démolies. Par un arrêté du 13 juillet 2023 dont la SCCV Urban Home Venus demande l'annulation, le maire de la commune de Vougy a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article liminaire du chapitre 1 relatif à la zone N du plan local d'urbanisme de la commune de Vougy : " La zone N concerne les espaces naturels et forestiers, secteurs de la commune équipés ou non, à protéger pour une ou plusieurs raisons : / - la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages, et leur intérêt notamment du point de vue esthétique, historique et écologique, / - l'existence d'une exploitation forestière, / - leur caractère d'espace naturel dominant. ". Aux termes des dispositions de l'article 1 du règlement de la zone N du même plan relatif aux occupations et utilisations du sol interdites : " Sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol ne répondant pas aux conditions définies à l'article 2 ci-après. () ". L'article 2 du règlement de la zone N de ce plan relatif aux occupations et utilisations du sol admises soumises à conditions particulières, prévoit notamment que : " Dans la zone N et le secteur Nls : () / - Les exhaussements et les affouillements de sol dont l'importance nécessite une autorisation (plus de 100 m² et plus de 2 m de hauteur), à condition qu'ils soient nécessaires à des constructions ou à des aménagements compatibles avec la vocation de la zone. / - Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme aux dispositions du règlement applicable à la zone dans laquelle il se situe, l'autorisation d'exécuter des travaux ne peut être accordée que pour des travaux qui ont pour objet d'améliorer la conformité de l'immeuble avec lesdites règles ou qui sont sans effet à leur égard. / - Les installations et travaux divers nécessaires à la prévention contre les risques naturels. () / - l'adaptation et la réfection des constructions existantes () ".

3. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par la SCCV Urban Home Venus, le maire de Vougy a estimé que le projet présente la modification d'un accès existant non conforme au règlement du zonage et interdit par l'article 1 du règlement de la zone N du PLU. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par une voie d'accès interne existante dont l'emprise s'élargie progressivement jusqu'en limite Nord de la zone N du règlement du plan local d'urbanisme. Le projet que le maire a refusé d'autoriser prévoie notamment de limiter cette emprise à la partie centrale de la voie dont l'extrémité Sud, qui constitue la partie de l'accès donnant directement sur la route du Rocher bordant le terrain d'assiette, est située, toute comme cette desserte routière, dans la zone rouge 18 X de risques forts de chute de pierres du plan de prévention des risques naturels prévisibles de la commune de Vougy. Le projet prévoit l'aménagement de cette partie de l'accès par des travaux d'exhaussement et de couverture en enrobé qui n'ont ni pour objet ni pour effet de prévenir le risque de chute de pierres existant. Ces travaux n'entrent pas davantage dans les autres cas d'occupations et d'utilisations admises soumises à conditions particulières dans la zone naturelle. Dans ces conditions, le maire de Vougy a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article N 1 du règlement du PLU en refusant pour ce motif d'accorder le permis de construire sollicité.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

5. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité, le maire de Vougy a estimé que la desserte routière du projet, compte tenu de l'accès, de la visibilité, et du trafic généré par l'opération, est de nature à porter atteinte à la sécurité publique et qu'ainsi le projet ne respecte pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, le maire a fait ainsi une exacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. En l'espèce, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le maire de Vougy aurait pris la même décision s'il avait retenu les seuls motifs tirés de la méconnaissance par le projet de l'article N1 du règlement du PLU de la commune et de l'atteinte à la sécurité publique au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il y a lieu de rejeter la demande d'annulation de cette décision sans examiner la légalité des autres motifs retenus par le maire.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la SCCV Urban Home Venus n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCCV Urban Home Venus, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

10. En l'espèce, aucun frais d'expertise, d'enquête ou d'une autre mesure d'instruction n'a été exposé par l'une des parties. Par suite, la demande de la commune de Vougy au titre des dépens ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vougy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCCV Urban Home Venus demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCCV Urban Home Venus le versement à la commune de Vougy de la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la SCCV Urban Home Venus est rejetée.

Article 2 :La SCCV Urban Home Venus versera à la commune de Vougy la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SCCV Urban Home Venus et à la commune de Vougy.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- M. Hamdouch, premier conseiller,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

S. Hamdouch

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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