vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306010 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AHDJILA |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n°2307712 du 18 septembre 2023, le tribunal administratif de Lyon a transmis au Tribunal la présente requête enregistrée le 15 septembre 2023, par laquelle M. C B D, représenté par Me Ahdjila, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°23-260-890 du 14 septembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé de quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de destination avec une interdiction de retour de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1 991.
M. B D soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit pour méconnaître les articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- en retenant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de la Drôme a entaché sa décision portant refus de délai de départ volontaire d'une erreur dans la qualification juridique des faits et méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour ne figure pas dans les articles finaux de l'arrêté attaqué, ni dans l'arrêté le plaçant en rétention ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa garde à vue n'a pas débouché sur des poursuites pénales, preuve qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; il existe des circonstances humanitaires pour ne pas le séparer de sa compagne enceinte ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Drôme n'ayant pas examiné les conditions cumulatives y figurant ;
- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par M. B D ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 22 septembre 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Ahdjila, qui fait valoir à l'audience un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus par M. B D en cas de retour dans son pays d'origine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11H15.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant tunisien né le 28 mars 1994, a été placé en garde à vue le 13 septembre 2023 pour des faits de violences conjugales. A la suite, par l'arrêté susvisé du 14 septembre 2023, le préfet de la Drôme a pris à l'encontre de " M. A se disant M. B D " une obligation de quitter le territoire sans délai avec désignation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry. Par ordonnance du 16 septembre 2023, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la remise en liberté de l'intéressé, assigné le jour même à résidence par un arrêté du préfet de la Drôme n°23-260904, non contesté. Dans la présente instance, M. B D demande à la juridiction administrative d'annuler pour excès de pouvoir l'obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour qui lui a été notifiée le jour même de son édiction, le 14 septembre 2023.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation:
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, les affirmations selon lesquelles le préfet devrait légalement justifier " des délégations de signature " ou que le refus implicite d'admission au séjour serait manifestement illégal ne sont pas des moyens de légalité.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation instituée par les dispositions aujourd'hui codifiées aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision attaquée énonce les motifs de faits spécifiques à la situation de M. B D, qui n'est dès lors pas fondé à invoquer un défaut d'examen particulier de sa situation, le préfet n'étant pas tenu d'indiquer tous les éléments que le requérant regarde comme lui étant favorables.
6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à l'enregistrement des demandes d'asile, n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et est au demeurant inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une obligation de quitter le territoire français.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. M. B D est, selon ses déclarations, arrivé en France très récemment, en 2022. Sa relation avec une ressortissante française qu'il soutient avoir rencontré en France est donc également très récente. S'il est vrai que sa compagne est enceinte et qu'il a reconnu l'enfant à naître le 31 juillet 2023, il ne pouvait ignorer la précarité de son séjour en France en raison de son maintien sur le territoire en situation irrégulière. Par ailleurs, il n'établit pas s'occuper des deux enfants de sa compagne, nés d'une précédente union. Enfin l'intéressé, qui a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans dans son pays d'origine, y a nécessairement conservé des attaches. Dans ces conditions, en prenant à l'encontre de M. B D une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Drôme n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise ni méconnu l'intérêt supérieur des enfants de sa compagne. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent donc être écartés.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si M. B D soutient avoir subir des persécutions liées aux fonctions qu'il occupait en Tunisie, il n'établit pas la réalité de ces menaces. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
11. D'une part, la décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non sur celles du 1° de cet article. Dès lors, M. B D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme lui aurait opposé à tort qu'il constituerait une menace pour l'ordre public en raison des violences conjugales qui ont conduit à son interpellation.
12. D'autre part, M. B D ne justifie ni d'une entrée régulière en France, ni du dépôt d'une demande de titre de séjour, ce qui autorisait le préfet de la Drôme à lui refuser un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions combinées précitées du 3° de l'article L. 612-2 et du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".
14. L'arrêté attaqué porte, dans son intitulé, interdiction de retour de 6 mois et, avant de refuser au requérant un délai de départ volontaire, au titre de l'examen du principe même de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Drôme mentionne : " au regard de la durée et des conditions de séjour (), une mesure d'éloignement sans délai est prise à son encontre et assortie d'une interdiction de retour de 6 mois ". Toutefois, à la suite, après avoir exposé les motifs le conduisant à refuser tout délai de départ volontaire, le préfet de la Drôme fait référence à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont citées au point précédent, en s'abstenant néanmoins de statuer expressément sur le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français, ni à fortiori, d'en fixer la durée au regard des critères posés à l'article L. 612-10 de ce code. Le dispositif de l'arrêté attaqué ne mentionne au demeurant pas davantage l'interdiction de retour. Dès lors, M. B D est fondé à soutenir que le préfet de la Drôme a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté susvisé doit être annulé, en tant seulement qu'il porte interdiction de retour pour une durée de six mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Me Ahdjila présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté susvisé du 14 septembre 2023 est annulé, en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D, au préfet de la Drôme et à Me Ahdjila.
Copie au tribunal administratif de Lyon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
P. BUGUELLOU
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026