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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306024

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306024

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 septembre 2023 et 9 octobre 2023, M. et Mme D et B E, représentés par Me Hérisson-Garin, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 du maire de Bourg-Saint-Maurice instaurant une servitude de limitation d'usage sur le bâtiment édifié sur leur propriété cadastrée AE20 et 156 ;

2°) de condamner la commune de Bourg-Saint-Maurice au versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- les voies et délais de recours ne sont pas indiquées ;

- le maire ne pouvait légalement prendre cette décision en l'absence de dépôt d'une demande d'autorisation d'urbanisme et du fait que son bien est desservi par les réseaux ;

- l'arrêté est entaché de défaut de motivation ;

- leur bâtiment n'est pas un chalet d'alpage ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les voies d'accès et les réseaux sont utilisables en période hivernale ;

- il instaure une discrimination illégale dès lors que d'autres biens dans la même situation ne se sont pas vu imposer de servitude d'usage ;

- l'arrêté porte atteinte à leurs droits acquis.

Par des mémoires enregistrés les 29 septembre et 11 octobre 2023, la commune de Bourg-Saint-Maurice, représentée par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. Mme E à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2305853 ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 11 octobre 2023 à 13 heures 30 au cours de laquelle ont été entendus Me Hérisson-Garin pour M. et Mme E et A C pour la commune de Bourg-Saint-Maurice.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension d'exécution :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3. En interdisant à M. Mme E l'usage de leur bien pour la période hivernale du 1er novembre au 30 avril, l'arrêté porte une atteinte grave à leur droit de propriété. Cette interdiction entrant en vigueur dans moins d'un mois, la condition d'urgence est remplie.

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la violation de l'article L. 122-11 du code de l'urbanisme, d'une part, du fait que le bâtiment ne peut être qualifié de chalet d'alpage, d'autre part, en l'absence de réalisation de travaux est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023.

Sur les frais de procès :

6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Bourg-Saint-Maurice doivent dès lors être rejetées.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la commune de Bourg-Saint-Maurice à verser à M. et Mme E une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er :L'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 est suspendue.

Article 2 :La commune de Bourg-Saint-Maurice versera à M. et Mme E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions de la commune de Bourg-Saint-Maurice présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme D et B E et à la commune de Bourg-Saint-Maurice.

Fait à Grenoble, le 12 octobre 2023.

Le juge des référés,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306024

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