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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306101

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306101

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023, M. A représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

3°) de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît son droit à être entendu ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision de refus de délai de départ volontaire :

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- ne relève pas du cadre légal de l'article L 612-3 4° 5° 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Morel ;

- Les observations de Me Miran substituant Me Huard, avocat de M. A. Me Miran invoque à la barre la méconnaissance d'un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article L 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ", il y a lieu eu égard aux dispositions précitées d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

3. M. A, de nationalité albanaise, est entré en France avec son épouse en 2017 et a déposé une demande d'asile le 6 février 2018, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 15 mai 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 avril 2019. Le couple a eu un enfant né le 26 octobre 2018 en France. Le 6 mai 2020 le préfet de la Savoie a pris à l'encontre de M. A une décision portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A soutient sans être contredit que cette mesure d'éloignement a été exécutée dans la mesure où il est reparti en Grèce, jusqu'en juin 2020 d'où il a été renvoyé en Albanie par ce pays. Tandis que son épouse revenait en France en novembre 2022 M. A est revenu en France en juin 2023. Après que M. A ait fait l'objet d'un contrôle au volant de son véhicule il a par un arrêté du 20 septembre 2023 pris par le préfet de la Savoie fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans et fixation du pays de destination.

4. Les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énumèrent les cas dans lesquels l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger qui n'est pas au nombre de ceux mentionnés par l'article L. 200-1 du même code. En vertu de ces dispositions, tel est notamment le cas lorsque : " 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° " Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / L'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-7, notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, peut être contestée dans les mêmes conditions. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. / L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. / L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. / Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondé sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ".

5. Les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle, dans l'hypothèse où un étranger, à qui a été refusée la reconnaissance de la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire et qui a fait l'objet d'une ou, le cas échéant, de plusieurs obligations de quitter le territoire français fondées sur le 4° de cet article, a présenté une demande tendant à la délivrance ou au renouvellement d'un titre de séjour, à ce que l'autorité administrative assortisse le refus qu'elle est susceptible d'opposer à cette demande d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur le 4° de cet article. Si toutefois une précédente mesure d'éloignement qui a été édictée à l'encontre étranger a été exécutée par ce dernier le Préfet ne peut, sans commettre d'erreur de droit, prendre une nouvelle mesure d'éloignement en se fondant sur le même motif tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En l'espèce dans la mesure où une précédente mesure d'éloignement avait été édictée par le préfet de la Savoie le 6 mai 2020 à l'encontre de M. A sur le fondement du 4° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il est soutenu par ce dernier sans que le préfet de la Savoie ne le conteste que cette précédente mesure avait été exécutée ledit préfet ne peut pas, sans commettre d'erreur de droit, prendre une nouvelle mesure d'éloignement en se fondant sur le même motif tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. M. A est par suite fondé pour ce motif à demander sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'annulation de la décision du préfet de la Savoie du 20 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et par voie de conséquences de celles prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement que le Préfet de la Savoie réexamine la situation de M. A dans un délai de trois mois et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

9. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Huard substitué par Me Miran, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 20 septembre 2023 du préfet de la Savoie est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me Huard, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Huard et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel

Le greffier

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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