mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 1 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros qui sera versée à Me Huard sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- la préfète du Rhône ne justifie pas de la réalité de l'accord de l'Italie à sa prise en charge ;
- les conditions de notification de l'arrêté attaqué ne sont pas régulières ;
- en ne faisant pas application des clauses humanitaires et discrétionnaires alors que :
o il existe des défaillances systémiques en Italie,
o elle encourt le risque d'être victime d'un réseau de prostitution et d'une situation de traite des êtres humains dont elle risque d'être victime
o elle est dans une situation de particulière vulnérabilité
la préfete du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît le caractère contradictoire de la procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023 la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu l'arrêté par lequel le président du tribunal a désigné M. Thierry pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur ;
- et les observations de Samba-Sambeligue substituant Me Huard, représentant Mme A.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise, née en 1996, expose qu'elle a fuit son pays d'origine avec son conjoint pour l'Italie où elle a déposé une demande d'asile le 8 mars 2021. Elle est ensuite arrivée en France où elle a également déposé une demande d'asile le 23 juin 2021. Renvoyée en Italie le 3 décembre 2021, elle est toutefois revenue en France pour y redéposer une demande d'asile le 20 mai 2023. Par un arrêté du 14 septembre 2023, dont Mme A demande l'annulation, la préfète du Rhône, après avoir recueilli l'accord explicite des autorités italiennes pour prendre en charge sa demande d'asile, a décidé de sa remise à ces autorités avant le 13 janvier 2024.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et alors même qu'elles ne reprennent pas l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressé le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la préfète du Rhône a produit l'accord des autorités italiennes, établi le 13 juillet 2023, acceptant le transfert de Mme A. La réalité d'un tel accord est ainsi établie contrairement à ce qui est soutenu.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 26, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Les États membres veillent à ce que des informations sur les personnes ou entités susceptibles de fournir une assistance juridique à la personne concernée soient communiquées à la personne concernée avec la décision visée au paragraphe 1, si ces informations ne lui ont pas encore été communiquées. ".
6. En l'espèce, les mentions relatives à la notification de l'arrêté attaqué, qui précise que l'intéressée peut présenter des observations, avertir un conseil ou une personne de son choix, et mentionne les voies et délais de recours, indiquent que celui-ci lui a été notifiée en français, langue que Mme A comprend. En tout état de cause, les irrégularités qui affectent la notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, Mme A a bénéficié d'un entretien individuel le 10 mai 2023, dont le compte rendu est produit par la préfète du Rhône. Elle ne fait par ailleurs état d'aucun élément qu'elle aurait souhaité porter en vain à la connaissance de la préfète avant que celle-ci ne prenne la décision litigieuse et qui aurait été de nature à modifier son appréciation sur sa situation. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
8. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. ( ) / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillance systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. Le cas échéant, il en informe, au moyen du réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre de l'article 18 du règlement (CE) n° 1560/2003, l'État membre antérieurement responsable, l'État membre menant une procédure de détermination de l'État membre responsable ou celui qui a été requis aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. / L'État membre qui devient responsable en application du présent paragraphe l'indique immédiatement dans Eurodac conformément au règlement (UE) n° 603/2013 en ajoutant la date à laquelle la décision d'examiner la demande a été prise. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".
9. L'Italie est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, sur la base d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés et au regard du standard de protection des droits fondamentaux garanti par le droit de l'Union, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux, notamment en raison du fait que, en cas de transfert, le demandeur de protection internationale se trouverait, indépendamment de sa volonté et de ses choix personnels, dans une situation de dénuement matériel extrême.
10. D'une part, Mme A soutient qu'il existe des défaillances dans la procédure d'asile en Italie, mais se borne à indiquer que ce pays fait l'objet d'un afflux de migrant et qu'il enregistre prêt de trois fois plus de " requêtes Dublin ", ce qui, en soit, ne permet pas de préjuger des capacités de cette Etat à se prononcer sur les demandes d'asile. Elle expose par ailleurs que les autorités italiennes se sont limitées à enregistrer sa demande sans lui procurer des conditions d'existence. Pour autant, Mme A, qui a indiqué à l'audience être demeurée dix-huit mois en Italie, ne produit aucun élément personnel et circonstancié permettant de constater que les autorités italiennes ont refusé de lui accorder des moyens d'existence et ne livre aucune indication sur ses ressources au cours de ces dix-huit mois. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier sa demande de protection internationale ne pourra pas être pas traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
11. D'autre part, Mme A expose qu'elle a été victime d'exploitation et livrée à la prostitution contre son gré pendant plusieurs années dans son pays d'origine, puis pendant plusieurs mois à chaque fois qu'elle a été déplacée par ceux qui l'exploitaient au Nigéria, en Algérie et Libye. Elle ne fait toutefois mention d'aucun élément personnel et circonstancié permettant d'apprécier le risque qu'elle puisse être, en Italie, retrouvée pas ses anciens proxénètes ou contrainte à la prostitution. Elle ne fait par ailleurs état d'aucune circonstance ou événement particulier qui ont ravivé la crainte, qu'elle invoque pour justifier son retour en France, d'être soumise à nouveau à des traitements dégradants après dix-mois passés en Italie.
12. Enfin, si Mme A fait valoir qu'elle est dans une situation de fragilité psychologique et de particulière vulnérabilité, l'évaluation de santé qu'elle produit ne fait état d'aucun problème de santé particulier sinon des crises d'angoisse et mal au genou le matin au réveil, qui ne révèlent pas une particulière vulnérabilité, ou qu'elle y sera confrontée en cas de retour en Italie. Elle ne produit par ailleurs aucun autre élément médical.
13. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'en en ne faisant pas application des clauses humanitaires et discrétionnaires prévues par les dispositions précitées, la préfète du Rhône a entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais non compris dans les dépens :
15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023
Le magistrat désigné,
P. Thierry La greffière,
V. Joly
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23061372
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026