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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306147

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306147

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantPUNZANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 septembre 2023 et le 9 janvier 2024, Mme B D, représentée par Me Punzano, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle la commission de médiation de la Savoie a rejeté son recours en vue d'une offre de logement ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Savoie de réexaminer son recours amiable dans un délai de deux semaines à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision méconnaît les articles L.441-2-3 et R.822-25 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Punzano, représentant Mme D.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et son époux, M. C, sont parents de quatre enfants. Ils étaient locataires d'un logement social qu'ils ont dû quitter suite à une procédure d'expulsion qui a abouti en 2021. A la suite de cette expulsion, ils ont été accueillis de façon temporaire par des tiers et dans un hôtel pendant plusieurs mois. En février 2022, le foyer s'est relogé par ses propres moyens dans un logement du parc privé d'une surface totale de 39m². Estimant que ce logement n'était pas adapté à son foyer composé de cinq personnes, Mme C a déposé un recours amiable au titre du droit au logement opposable devant la commission de médiation de la Savoie, au motif de la sur-occupation de leur logement et de la présence d'enfants mineurs. Le 2 avril 2023, la commission de médiation de la Savoie a rejeté son recours amiable, au motif que le foyer n'aurait pas mis en œuvre les mesures nécessaires à leur maintien dans leur logement social. Par une décision du 2 novembre 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux de Mme D et confirmé sa décision initiale.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () ".

4. Aux termes de l'article R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. () Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. () Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. ".

5. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître comme prioritaire le demandeur de bonne foi se trouvant dans l'une des situations permettant de faire un recours DALO. Toutefois, dans le cas d'un demandeur se prévalant uniquement d'un délai d'attente anormal, la commission de médiation peut rejeter sa demande si le logement qu'il occupe est, eu égard à ses caractéristiques, de son loyer et de sa localisation, adapté à ses besoins. Pour apprécier la bonne foi du demandeur, la commission peut notamment tenir compte du comportement du demandeur. Elle peut considérer que celui-ci n'est pas de bonne foi lorsqu'il a délibérément créé par son comportement la situation rendant sont relogement nécessaire.

7. Pour rejeter le recours de Mme D, la commission de médiation de la Savoie a estimé qu'elle n'avait pas mis en œuvre les démarches nécessaires à son maintien dans son précédent logement.

8. Mme D soutient qu'elle remplit les critères légaux prévus par l'article L.441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, afin d'être reconnue prioritaire et devant être relogée d'urgence avec son foyer. Elle indique que la famille composée d'un couple et de trois enfants vit dans un logement de 39 m² dans le parc locatif privé depuis le 10 février 2022. Leur demande de logement social est active depuis le 21 février 2020. Elle soutient également que la commission de médiation ne peut remettre en cause sa bonne foi dans ses démarches de relogement au seul motif de sa situation passée et de la procédure d'expulsion à laquelle elle a dû faire face en 2019.

9. Il résulte de l'instruction, que si Mme D et M. C ont effectivement connu des difficultés dans leur précédent logement, notamment en raison d'impayés de loyer, conduisant à leur expulsion de leur logement social sans qu'ils aient souhaité bénéficier du soutien social qui leur était proposé, leur situation a depuis évolué. Mme D est suivie régulièrement par les services de l'UDAF et le ménage s'acquitte sans faute de son loyer actuel. Dès lors, l'absence de leur bonne foi ne peut être déduite de leur comportement actuel et ne saurait être caractérisée par la seule procédure d'expulsion ayant eu lieu en 2021 et sans prise en considération des éléments récents et actualisés de leur situation.

10. Mme D est par suite fondée à demander l'annulation des décisions du 2 avril 2023 et du 2 novembre 2023 par lesquelles la commission de médiation de la Savoie a rejeté son recours en vue d'une offre de logement et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conséquences de l'annulation :

11. L'annulation de la décision de la commission de médiation de la Savoie implique seulement que la commission réexamine la demande de Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par mois de retard.

Sur les frais du litige :

12. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Punzano, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Punzano de la somme de 1 100 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à Mme D.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La décision du 2 avril 2023 et la décision du 2 novembre 2023 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Savoie de réexaminer la demande de Mme D dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par mois de retard.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Punzano renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Punzano, avocat de Mme D, une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à Mme D.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Punzano et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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