jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALDEGUER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 septembre et 11 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Aldeguer, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
- 1°) de suspendre l'exécution la décision du 23 juin 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère l'a révoqué ;
- 2°) d' enjoindre à l'administration de le réintégrer dans ses fonctions ;
- 2°) de condamner le centre hospitalier Alpes Isère à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A B soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : si l'on considère l'intérêt de l'agent à voir suspendre cette décision et l'intérêt du service face à une procédure aussi bâclée alors qu'aucune poursuite pénale n'a été diligentée et qu'aucun précédent n'existe à ce jour, cette décision sera suspendue ; une telle décision de révocation l'exclut définitivement de ses fonctions ; elle le prive de sa rémunération alors qu'il justifie de charges régulières ; l'intérêt du service ne s'oppose pas à la suspension de la décision puisqu'aucune poursuite pénale n'a été diligentée à son encontre ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : l'enquête administrative fondée sur des temoignages anonymisés ne lui est pas opposable ; la véracité et l'authenticité des témoignages sont contestées expressément par l'agent ; la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 532-13 du code général de la fonction publique ; la décision a été prise en violation des articles 11 et 12 du décret n° 89822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ; l'avis rendu par le conseil de discipline n'a jamais été communiqué au préalable au requérant, tout comme le procès-verbal de l'organisme paritaire ; il a été privé de véritable procédure contradictoire ; la décision révèle une situation d'incompétence négative ; la décision n'est pas motivée ; la décision est entachée d'erreur de fait ; elle est entachée d'erreur de droit ; elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 9 octobre 2023, le centre hospitalier Alpes Isère, représenté par sa directrice, ayant pour avocet Me Prouvez, conclut, au rejet de la requête et sollicite la condamnation du requérant à lui verser la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu la requête enregistrée sous le n° 2304605, le 18 juillet 2023, par laquelle M. A B, représenté par Me Aldeguer, demande l'annulation de la décision du 23 juin 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère l'a révoqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 octobre 2023 à 11H15 :
- le rapport de M. Vial-Pailler.
- les observations de Me Aldeguer, représentant M. A B qui a soutenu qu'il n'a pas eu communication avant le conseil de discipline ni du rapport disciplinaire ni de la sanction encourue, que s'il est encore en disponibilité, il va être privé très rapidement de tout revenu.
- les observations de Me Litzler, représentant le centre hospitalier Alpes Isère.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Aux termes de l'article L. 532-13 du code général de la fonction publique : " Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination.
Ce rapport précise les faits reprochés au fonctionnaire hospitalier poursuivi, ainsi que les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Par aillleurs, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut légalement infliger à un agent une sanction sur le fondement de témoignages qu'elle a anonymisés à la demande des témoins, lorsque la communication de leur identité serait de nature à leur porter préjudice. Il lui appartient cependant, dans le cadre de l'instance contentieuse engagée par l'agent contre cette sanction et si ce dernier conteste l'authenticité des témoignages ou la véracité de leur contenu, de produire tous éléments permettant de démontrer que la qualité des témoins correspond à celle qu'elle allègue et tous éléments de nature à corroborer les faits relatés dans les témoignages. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. La décision prononçant la révocation de M. B affecte directement sa situation, puisqu'il est exclu définitivement de ses fonctions, qu'il sera privé de sa rémunération à l'issue de sa disponibilité d'une durée de six mois prononcée le 13 mars 2023. Il ne percevra que 947 euros au titre de l'allocation de retour à l'emploi à partir de fin août 2023. Par ailleurs, en ce qui concerne les faits qui lui sont reprochés et le risque pour le bon fonctionnement du service qu'est susceptible de provoquer la suspension de la mesure attaquée, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier a été destinataire le 22 janvier 2023 d'un courriel du président de l'association Alma de l'Isère selon lequel : " des agents du service TSA ne se remettraient pas en question et se considèreraient comme victimes face à l'agressivité des résidents qui sont lourdement déficitaires, multiplieraient les arrêts de travail et feraient pression sur les autres soignants pour leur imposer le silence, ces derniers ayant peur des représailles, s'ils témoignent. Des faits de maltraitances physiques et psychologiques sont signalés : - Chantage, - Agression verbale, - Gestes violents et brutaux (résidents serrés à la gorge, plaqués contre un mur), - Brimades : jet d'eau dans le visage, patient privés de nourriture quand ils ne veulent pas manger immédiatement, - Enfermement dans les chambres la nuit. Un résident serait décédé car se serait cogné violemment contre la porte pour sortir.". Dans ces conditions, une enquête administrative a été réalisée au sein du service TSA et les agents ont été entendus en présence d'un cadre de santé de service et de la cadre soignant du Pôle TSA adultes. Dans le cadre de cette enquête administrative et pour empêcher des représailles, les agents ont demandé que soit préservé leur anonymat. Des faits de maltraitance de la part d'une partie du personnel semblent avérés. Toutefois, les faits mentionnés dans cette enquête administrative ne comportent aucune indication de date. Il n'est pas davantage précisé qu'ils étaient quotidiens. Il est uniquement fait état qu'ils se sont déroulés entre 2021 et 2023. M. A B, qui travaillait dans un service difficile regroupant des autistes et des patients affectés de graves troubles psychiatriques, a toujours fait l'objet jusqu'à l'engagement de la procédure disciplinaire, d'appréciations élogieuses. Il conteste l'authenticité des témoignages ou la véracité de leur contenu et fait valoir que ces témoignages anonymisés sont trop imprécis pour lui permettre de se défendre utilement. En l'absence de production par le défendeur d'éléments permettant de corroborer les faits relatés dans les témoignages, et alors que la sanction est fondée pour l'essentiel sur des témoignages anonymisés, la matérialité des faits de maltraitance reprochés ne peut être tenue pour établie à la date de la présente ordonnance. En tout état de cause, une enquête pénale est en cours et dans le cadre de cette enquête, le centre hospitalier a été rendu destinataire d'une réquisition visant à lever l'anonymat des témoignages recueillis. Si, par ailleurs, des propos inadaptés é l'égard de ses collègues femmes, des faits de harcèlement à leur égard sont également reprochés à M. A B, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier Alpes Isère aurait pris la même sanction en se fondant sur ces seuls faits établis que le requérant a tendance à minimiser et il ne ressort pas advantage des pièces du dossier que la réintégration de l'intéressé dans un autre service pourrait compromettre le bon fonctionnement du centre hospitalier. Dès lors, aucun intérêt public ne s'oppose à la suspension de l'exécution de la décision attaquée. La condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est donc remplie.
6. Le moyen tiré de ce que la sanction de révocation qui lui a été infligée méconnaît la procédure contradictoire est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Il est de même des moyens selon lesquels : -les faits ne sont pas matériellement établis et - l'Administration a méconnu notamment les dispositions de l'article L. 532-13 du code général de la fonction publique en l'absence de communication avant la séance du conseil de discipline du rapport précisant les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis, le rapport de saisine ne comportant pas, au demeurant, ainsi que le fait valoir le requérant, l'indication de la sanction encourue. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 23 juin 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère l'a révoqué.
7. Compte tenu du motif de suspension retenu par la présente ordonnance, celle-ci implique nécessairement la réintégration provisoire de l'agent. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au Centre Hospitalier Alpes Isère de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Les conclusions présentées par le Centre Hospitalier Alpes Isère, partie perdante, doivent être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Centre Hospitalier Alpes Isère une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution de la décision du 23 juin 2023 par laquelle laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère a prononcé la révocation de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au Centre Hospitalier Alpes Isère de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le Centre Hospitalier Alpes Isère versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au Centre Hospitalier Alpes Isère.
Fait à Grenoble, le 19 octobre 2023.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026