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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306243

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306243

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306243
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantOUCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Ouchia, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou, à défaut, de lui renouveller son autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 24 heures, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article 911-1 du code de justice administrative ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie lorsque la décision fait obstacle à la poursuite d'une activité professionnelle ; il est placé par l'administration dans une situation d'illégalité depuis le 19 avril 2023, laquelle lui refuse, sans motif et en violation de la loi, et notamment des articles 431-12, R. 431-15 et R. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ou le renouvellement de son titre de séjour ; il est engagé par la société Boucherie Litim depuis le 10 octobre 2022 en qualité de boucher dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, contrat qui exige qu'il justifie de la régularité de son séjour ; il justifie donc d'un risque grave, sérieux et non éventuel de perte de son emploi et de ses ressources ;

- les articles R. 431-12, R. 431-15 et R. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- il réside habituellement en France depuis le 13 mars 2020 et est titulaire d'une carte de séjour depuis cette date ; le préfet devait procéder au renouvellement de son titre de séjour et lui délivrer une carte de résidence de 10 ans en qualité de conjoint de français, dès lors que sa situation n'avait pas changé et que ses attaches privées s'étaient davantage fixées en France ; le préfet viole allégrement le droit du concluant à sa liberté d'aller et venir en la privant d'une autorisation de séjour alors qu'il n'a pris aucune décision de refus de séjour ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.

3. Aux termes par ailleurs de l'article R. 431-12 du code précité : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. ". Aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé ". Aux termes de son article R. 431-15 : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ". Aux termes de son article R. 433-3 : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 433-3, l'étranger peut justifier de ses démarches en vue du renouvellement de la carte de résident dont il est titulaire par la présentation d'une attestation de dépôt de sa demande de renouvellement. Cette attestation est délivrée par les services qui ont reçu la demande. Elle vaut convocation pour la remise du titre de séjour sollicité. ". Il résulte de ces dispositions que, sauf le cas d'incomplétude du dossier de demande de titre qui conduit la préfecture à ne pas enregistrer la demande de titre, celle-ci doit délivrer au demandeur dont le dossier de demande de titre, jugé complet, est enregistré, un récépissé de demande de titre le temps de l'examen au fond de la demande, de manière à ce que le demandeur puisse justifier de son droit au maintien sur le territoire le temps de l'instruction de sa demande.

4. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la demande de novembre 2021 présentée par M. A B et tendant à la délivrance d'un titre de séjour aurait fait l'objet d'un refus d'enregistrement au motif de son caractère incomplet et alors que l'intéressé s'est vu remettre des récépissés de demande de carte de séjour depuis cette date, dont le dernier a expiré le 19 avril 2023. Ainsi, en application des dispositions mentionnées au point 2, cette demande est réputée avoir fait l'objet d'une décision implicite de rejet née au terme d'un délai de quatre mois suivant l'enregistrement du dossier en novembre 2021, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'intéressé se soit vu délivrer un récépissé valable jusqu'au 19 avril 2023.

5. Le récépissé ayant pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour, et l'instruction de la demande de titre de séjour de M. A B ayant pris fin avec la naissance d'une décision implicite de rejet fin mars 2022, il est manifeste que le préfet de l'Isère ne peut être regardé comme ayant porté, à la date de la présente ordonnance, une quelconque atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ne délivrant pas à l'intéressé son récépissé.

6. Par ailleurs, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Ne constitue pas une telle circonstance particulière le seul fait que l'étranger se soit vu opposer un refus de renouvellement de son titre de séjour, alors même qu'une présomption d'urgence serait en principe constatée si le juge des référés était saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code. Par suite, une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas, par elle-même, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. En outre, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. B est née du silence gardé par l'administration pendant quatre mois à compter du dépôt de sa demande complète. M. B ne peut ainsi plus, postérieurement à cette décision, et alors même qu'un récépissé valable jusqu'au 19 avril 2023 lui avait néanmoins été délivré, se prévaloir de sa qualité de demandeur de titre de séjour pour se voir remettre un nouveau récépissé. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir qu'en refusant de renouveler son récépissé le préfet de l'Isère aurait méconnu les dispositions des articles R.431-12, R.431-15 et R. 433-3 précités.

7. Par suite, la requête de M. A B doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 29 septembre 2023.

Le juge des référés,

C.Vial-Pailler

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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