lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BESSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre et 26 octobre 2023, M. D A, représenté par Me Besson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne à tort qu'il ne justifie pas de son état civil ;
- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnait les articles 47 du code civil et L.811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2023.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Aubert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, se présentant comme un ressortissant de nationalité guinéenne né le 28 décembre 2004 à Matam Conakry, déclare être arrivé en France le 20 janvier 2019 alors qu'il était mineur. Il est constant qu'il a été confié au conseil départemental de la Savoie depuis le 15 mai 2019 et jusqu'à sa majorité d'abord par une ordonnance de placement provisoire puis par un jugement du juge des enfants. Le 15 septembre 2022, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 12 septembre 2023, le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, Mme C B, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 22 mai 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°73-2023-092. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. " Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.
5. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, le préfet de la Savoie s'est fondé notamment sur le motif tiré de ce que le justificatif d'état civil produit par M. A était entaché de fraude au regard des avis émis par les services de la police aux frontières de Chambéry. Si le préfet se prévaut de la présentation par le requérant de deux jugements supplétifs d'actes de naissance, il n'est produit aux débats qu'un seul jugement portant le n°18424 émis par le tribunal de première instance de Conakry III- Mafanco le 30 septembre 2019. Il ressort de ce jugement supplétif que D A est né le 28 décembre 2004 à Conakry de Mohamed A et de Maïmouna Sylla. Ayant fait l'objet d'une légalisation de signature le 16 juin 2021, son authenticité est présumée. Le rapport simplifié d'analyse documentaire établi par le service de la police aux frontières de Chambéry le 16 juin 2023 considère que le jugement supplétif présente des anomalies telles que l'incohérence de la tenue d'une audience le lundi pour le dépôt d'une requête le vendredi ; une police de caractère changeante, des retours à la ligne et ponctuation inappropriés, l'absence de visa de l'article 158 relatif à l'établissement de " tels jugements " et le non-respect de l'article 196 relatif aux énonciations de l'acte.
6. Toutefois, d'une part, ces anomalies, à les supposer avérées, ce qui n'est pas démontré en l'espèce alors que c'est au regard des seules exigences du droit local que la validité de l'acte doit être appréciée, ne permettent pas d'établir le caractère frauduleux du jugement. De surcroît, la minorité de M. A n'a pas été contestée dans le cadre des procédures judiciaires ayant conduit à son placement au titre de la protection de l'enfance en danger et les énonciations du jugement supplétif sont conformes aux déclarations faites par M. A dans l'ensemble des pièces produites. Par suite, eu égard à ce qui précède, M. A doit être regardé comme ayant été confié depuis qu'il a l'âge de quatorze ans aux services de l'aide sociale à l'enfance.
7. D'autre part, il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle " maintenance de bâtiments en collectivités " en 2022, la proviseure du lycée des métiers de la montagne attestant qu'il avait " laissé une image extrêmement positive pendant ces deux années " au sein de l'établissement, qu'il avait suivi sa scolarité avec assiduité, avait montré un comportement exemplaire et fourni un travail remarquable. Il ressort des pièces du dossier que M. A a travaillé dans le cadre d'un contrat d'insertion avec la société Savoie Renov'x entre mars et mi-juin et qu'il est embauché en contrat à durée déterminée à temps plein par la boulangerie-pâtisserie Gerber de Saint-Jean-de-Maurienne depuis le 4 juillet 2023. Son employeur atteste souhaiter prolonger son contrat de travail et souligne son engagement et son bon comportement au travail. Enfin, il ressort de la décision contestée que la structure d'accueil a émis un avis favorable quant à son insertion dans la société française. Il est ainsi justifié du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des rapports avec sa famille restée dans son pays d'origine.
8. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet de la Savoie doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Savoie délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, dans le délai de deux mois à compter de sa notification et lui délivre dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er :L'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet de la Savoie est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours.
Article 3 :L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme Emilie Barriol, première conseillère,
- Mme Emilie Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. E La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026