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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306358

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306358

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, M. A D, représenté par sa tutrice Mme C B épouse E et Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire et dans l'attente un récépissé, et à défaut de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission départementale du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 200-5 et L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la préfecture de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doulat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 20 avril 1984, est entré en France le 5 octobre 2020 selon ses déclarations. M. D a sollicité, le 17 décembre 2022 un titre de séjour en qualité d'étranger malade qui a été refusé par arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 16 août 2021. Les recours présentés contre cet arrêté ont été rejetés par le tribunal administratif de Grenoble le 29 décembre 2021 et par la cour administrative d'appel de Lyon le 2 novembre 2022. M. D a sollicité le 19 janvier 2023 une carte de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 11 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). " Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 200-5 du même code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / 1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; / 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ; / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. "

4. Le préfet de la Haute-Savoie produit en défense le formulaire de demande de titre de séjour présenté le 19 janvier 2023 par M. D qui indique au titre des motifs de la demande " membre d'une famille d'un citoyen européen et lien personnel et familiaux ". Si cette demande ne mentionne pas expressément le fondement textuel sur lequel l'intéressé sollicite un titre, il se prévaut néanmoins de façon non ambiguë de sa qualité de membre de la famille d'un ressortissant européen et de liens personnels et familiaux.

5. Or, la décision attaquée ne vise pas les dispositions de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais uniquement celles de l'article L. 423-23 du même code. Dans ses motifs, elle ne mentionne comme fondement de la demande de titre de séjour que sur ce dernier texte et ne rejette que sur le fondement de celui-ci. Aucun élément ne permet de retenir que la demande de titre formée sur le fondement de l'article L. 200-5 et sur laquelle il n'a pas été statué serait encore en cours d'examen. Par suite en s'abstenant d'examiner, comme le demandait le requérant, la demande de titre en application des dispositions relatives aux ressortissants européens et leur famille le préfet de la Haute-Savoie a entaché sa décision d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à son encontre, M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Haute-Savoie examine la demande de titre de séjour de M. D présentée sur le fondement des articles L. 200-5 et

L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros qui sera versée à Me Blanc, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Blanc de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 11 août 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Blanc la somme de 900 euros sous réserve de son renoncement à la perception de la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à sa tutrice Mme C B épouse E, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Callot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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