Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306385

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- il n'est pas établi que le médecin qui a établi le rapport n'ait pas siégé au collège des médecins de l'OFII ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

- l'arrêté méconnaît les articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la décision d'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Holzem été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 1er mars 2019, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 17 février 2023, la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Par l'arrêté attaqué le préfet de la Drôme a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, les dispositions du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, seul applicable à la situation des ressortissants algériens, le ressortissant résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité bénéficie de plein droit d'un titre de séjour sous réserve qu'il ne puisse bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En vertu des articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code, et précisés par un arrêté du 27 décembre 2016 auquel ils renvoient, la carte de séjour destinée aux étrangers malades est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), se prononçant au vu d'un rapport établi par un médecin ne siégeant pas au sein dudit collège.

4. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de la Drôme qu'un avis du collège de médecins de l'OFII a été émis le 22 août 2023 concernant l'état de santé de M. A. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'OFII. L'avis a été rendu au vu d'un rapport établi le 11 août 2023 par un médecin non membre de ce collège. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. D'autre part, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que l'offre de soins dans son pays d'origine lui permettait de bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'elle pouvait voyager sans risques vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits par le requérant, que celui-ci souffre d'un diabète de type 1 et d'épilepsie et que lui ont été prescrits des médicaments en rapport avec ces pathologies. Pour autant aucun document n'établit l'impossibilité d'une prise en charge adaptée à la pathologie de M. A sur le territoire algérien. De même aucun document n'établit que les médicaments dont il a besoin ne soient pas pris en charge par le système de sécurité sociale algérien. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. Enfin, il n'apparaît aucunement que le préfet de la Drôme se soit estimé en situation de compétence liée par l'avis des médecins du collège de l'OFII.

7. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, les décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne sont pas dépourvues de base légale.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Gay et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306385