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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306455

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306455

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 octobre 2023, le 6 novembre 2023 et le 10 novembre 2023 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. D, représenté par Me Besson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de délivrer sous astreinte de 100 euros par jours de retard un titre de séjour à M. E dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la décision est entachée d'un vide de procédure ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 novembre 2023 et 9 novembre 2023 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture d'instruction a été repoussée au 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Vial-Pailler.

Une note en délibéré présentée par le préfet de la Savoie a été enregistrée le 28 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 3 avril 1990, a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 6-2° et de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien. Après une enquête diligentée par les services de police, le préfet de la Savoie, par l'arrêté attaqué du 13 septembre 2023, a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

3. Aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux". Aux termes de l'article 7bis a) : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".

4. M. D soutient que le préfet de la Savoie aurait méconnu les stipulations de l'article 6-7° précitées de l'accord franco-algérien, sa demande de renouvellement de titre de séjour n'ayant pas été instruite au regard de cet article. Toutefois, il est constant que le requérant a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles 6-2° et 7bis a) de l'accord franco-algérien. Dès lors, l'intéressé ne peut se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 6-7° précitées, le préfet de la Savoie n'étant pas tenu d'examiner une demande sur un fondement autre que ceux pour lesquels il a été saisi. Les moyens tirés du vice procédure et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé seront écartés.

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que le renouvellement d'un certificat de résidence d'un an ou la délivrance d'un certificat de dix ans est subordonnée à l'effectivité de la communauté de vie entre époux. Il ressort d'un rapport de police du 4 avril 2023, sur lequel s'est fondé le préfet de la Savoie, que M. D est absent de manière quasi permanente du domicile conjugal, cette absence étant selon son épouse motivée par l'envie de partager des moments avec ses amis grenoblois et par la nécessité de rester auprès de son père mourant depuis plus d'un an, que son épouse ignore l'adresse de son lieu d'hébergement et que les époux n'ont pas présenté de preuves convaincantes du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit (lettres, communications téléphoniques). Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien, en estimant que l'existence d'une communauté de vie effective entre les époux n'était pas établie et en refusant pour ce motif de faire droit à sa demande de délivrance d'un certificat de résidence d'un an ou d'un certificat de dix ans sur le fondement des articles 6-2 et 7 bis a) de l'accord du 27 décembre 1968 modifié.

6. M. D soutient que les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale en France depuis pratiquement 6 ans à la date des décisions attaquées et au regard de son état de santé. Toutefois, M. D n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ne justifie pas d'une communauté de vie réelle et effective avec son épouse. Il n'établit pas être démuni d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses trois sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, soit la majeure partie de sa vie. Il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, ni d'une vie privée et familiale ancrée dans la durée en France compte tenu de son entrée récente. Ses parents, M. B D et Mme F, ont tous deux fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour pendant une durée d'un an. Dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. D.

Sur l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :

7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. Le requérant soutient que son état de santé nécessite un suivi neurologique régulier dans le cadre d'une épilepsie généralisée, secondaire à des lésions cérébrales apparues dans les suites d'un traumatisme crânien survenu au cours d'un accident le 7 décembre 2018. S'il produit un certificat d'un neurologue français selon lequel son traitement actuel est non substituable, ce document ne permet pas d'établir qu'un défaut de prise en charge médicale serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou que ce médicament ne serait pas disponible en Algérie. De même, le simple rapport médical produit par le Docteur A mentionnant, selon lui, l'absence de disponibilité du traitement prescrit en Algérie, alors que ce dernier n'indique pas sur quelle source d'information il se fonde, n'est pas de nature à caractériser l'absence de disponibilité du traitement en cause sur l'ensemble du territoire algérien. Le requérant ne démontre pas davantage qu'il ne pourrait bénéficier en Algérie d'une prise en charge adaptée. S'il fait valoir, en outre, que ses crises d'épilepsie, ses pertes de mémoire nécessitent, de l'avis de plusieurs spécialistes, la présence d'une tierce personne à ses côtés plusieurs heures par jour et que c'est sa mère qui remplit actuellement cette fonction, il ressort des pièces du dossier que la mère du requérant qui l'accompagne au quotidien fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Cette situation ne fait donc pas obstacle à une assistance par un tiers en Algérie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entachée la décision attaquée au regard de son état de santé.

9. Par ailleurs, si l'intéressé fait valoir la nécessité de rester en France pour subir une expertise permettant d'établir l'étendue de ses préjudices suite à un accident de la circulation s'étant déroulé en 2018, il n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure de revenir en France sous couvert d'un visa. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. D. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur la fixation du pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'intéressé, pour contester la fixation du pays de destination se prévaut de son état de santé et du fait que le traitement qu'il doit suivre n'est pas disponible en Algérie. Toutefois, pour les motifs indiqués au point 8, ce moyen doit être écarté. Il en est, de même, du moyen selon lequel le préfet de la Savoie aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2023, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Besson et à la Préfecture de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président ;

Mme Frapolli, première conseillère ;

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLILe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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