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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306525

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306525

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2023 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

3°) à titre principal d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 étant rappelé que la somme allouée ne pourra en tout état de cause être inférieure à 756 euros ainsi qu'aux entiers dépens.

Il soutient que :

La décision prise dans son ensemble :

- a été prise par une autorité incompétente ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme.

La décision d'interdiction de retour :

- est irrégulière

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Morel ;

- Les observations de Me Martin, avocat de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité Albanaise, déclare être entrée en France en février 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 avril 2019 confirmée le 21 juin 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 7 octobre 2023 le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

3. Par un arrêté régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 4 juillet 2023, le préfet de la Savoie a donné à M. C directeur de cabinet, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. Mme A fait valoir qu'elle réside sur le territoire français avec son époux et ses enfants. Toutefois son entrée en France est récente et elle ne justifie d'aucune intégration particulière. Son mari est également en situation irrégulière et Mme A a indiqué que débouté du droit d'asile il avait été reconduit en 2020 en Albanie. Rien ne fait donc obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de Mme A, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle entache la décision du Préfet d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

5. Mme A soutient que la décision est irrégulière. Mais le moyen est dénué des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et en tout état de cause le préfet de la Savoie a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, estimer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an pouvait s'appliquer à Mme A eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.

D E C I D E:

Article 1er : Mme A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Martin et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition greffe le 7 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au Préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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