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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306526

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306526

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 30 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant un an.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision n'est pas justifiée au regard de sa situation ;

- elle est disproportionnée.

Par un courrier enregistré le 26 octobre 2023, le préfet de l'Isère a informé le tribunal de l'assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hunault, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique en présence de Mme Joly, greffière :

- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,

- et les observations de Me Martin, représentant M. A, qui a repris les moyens et conclusions exposés dans ses écritures, en particulier celles dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, rappelant qu'il s'agit de sa première mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de menace à l'ordre public. Il a enfin ajouté que si M. A n'a fait aucune démarche en vue de régulariser sa situation, il dispose de perspectives d'insertion professionnelle en qualité de maçon.

Le préfet de l'Isère n'est ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant turc né le 10 juin 1980 et entré en France en juin 2022 selon ses déclarations, a été interpellé le 6 octobre 2023 à l'occasion d'un contrôle routier. La vérification de sa situation administrative a révélé qu'il se trouvait sur le territoire français en situation irrégulière. A l'issue de son audition, par deux arrêtés du 7 octobre 2023, le préfet de l'Isère, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a, ainsi qu'il vient d'être dit, décidé de l'éloigner du territoire français.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, dans le cadre de la permanence départementale, pour le préfet par M. B E, sous-préfet à la relance auprès du préfet de l'Isère, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du 21 août 2023, régulièrement publiée le même jour au recueil spécial des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et en particulier des déclarations faites par M. A à l'officier de police judiciaire lors de son audition, que son entrée sur le territoire français est très récente alors qu'en Turquie résident notamment ses parents, son épouse et leurs trois enfants. Par ailleurs, le requérant qui se borne à produire une promesse d'embauche, au demeurant, postérieure à la date de l'arrêté attaqué, ne démontre l'existence d'aucune insertion sociale particulière en France, pas plus qu'il ne justifie de la réalité des activités professionnelles qu'il allègue. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

6. Il est constant que M. A, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, n'a ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition du 6 octobre 2023, jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du même code pouvant être regardé comme établi, le préfet pouvait, pour ce seul motif, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 précité doit être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français le préfet de l'Isère s'est fondé sur la courte durée de présence de M. A sur le territoire français, ainsi que sur la circonstance qu'il ne démontre pas l'intensité des liens éventuellement entretenus avec ses beaux-frères alors que ses parents, son épouse et leurs enfants résident en Turquie.

10. D'une part, M. A faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de l'Isère était tenu de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français en l'absence de circonstances humanitaires dont le requérant ne justifie aucunement par les pièces qu'il produit. D'autre part, eu égard au caractère très récent de son entrée sur le territoire français et en l'absence de liens d'une particulière intensité en France de l'intéressé, en limitant à un an, eu égard à l'absence de menace à l'ordre public et d'une précédente mesure d'éloignement, les effets de l'interdiction de retour prononcée à son encontre alors que les dispositions de l'article L. 612-6 précité permettent de l'étendre à une durée de trois ans, le préfet de l'Isère pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou de disproportion.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2023.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Martin et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La magistrate désignée,

K. HUNAULT

La greffière,

V. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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