mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET BASTILLE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023, l'association Justice animaux Savoie (AJAS), l'association Aves France, l'association One voice, l'association France nature environnement (FNE) Savoie, l'association Animal cross et l'association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), représentée par Me Robert, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de la Savoie du 30 juin 2023 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse durant la campagne 2023-2024 dans le département en tant qu'il n'a pas interdit la chasse à la marmotte et aux lièvres brun et variable, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'association Justice animaux Savoie et autres soutiennent que :
- elles disposent d'un intérêt à agir au regard de leur objet social ;
- le recours a été introduit dans le délai de recours contentieux ;
- l'urgence est constituée compte tenu de l'atteinte portée à leurs actions en faveur de la protection de la biodiversité et des espèces sauvages, aux effets imminents et irréversibles de la décision attaquée et à l'incertitude sur l'état de conservation des marmottes et lièvres bruns et variables ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué qui méconnaît l'article L.123-19-1 du code de l'environnement et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L.420-1 et L.424-5 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet de la Savoie fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle émane de l'ASPAS qui n'était pas partie au recours gracieux présenté le 2 août 2023 ;
- la situation d'urgence n'est pas établie ;
- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 18 octobre 2023, la fédération départementale des chasseurs de la Savoie conclut au rejet de la requête.
La fédération départementale des chasseurs de la Savoie fait valoir que :
- elle a intérêt pour agir dans le présent contentieux au regard de ses statuts et missions ;
- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;
- la situation d'urgence n'est pas établie ;
- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 octobre 2023 sous le numéro 2306514 par laquelle l'association Justice animaux Savoie et autres demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Robert, représentant l'association Justice animaux Savoie et autres, qui maintient les demandes et moyens développés par écrit ;
- M. B, représentant le préfet de la Savoie, qui indique que la requête est critiquable en ce que les associations cherchent à mettre en cause le principe même de la chasse en méconnaissance des réalités de terrain, qu'une campagne est en cours pour remettre en cause la chasse à la marmotte ainsi qu'en atteste le prospectus qu'il remet, qu'il est inexact de prétendre que la chasse est conditionnée par le fait que les espèces causent des dégâts ou par un comptage des individus ; que néanmoins, les marmottes, particulièrement abondantes dans le parc de la Vanoise, causent des difficultés ; que le lièvre brun est très commun même s'il a pu être trop chassé par le passé ; que le lièvre variable est difficile à apercevoir et dénombrer ; que le principe d'équilibre agro-sylvo-cynégétique n'a pas vocation à protéger les espèces sauvages et ne doit pas être " inversé " ;
- Me Bonzy, représentant la fédération départementale des chasseurs de la Savoie, qui reprend et explicite les éléments développés par écrit sur la présence des trois espèces en litige en Savoie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Les associations requérantes ont adressé une note en délibéré réceptionnée le 19 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté du 30 juin 2023, dont les associations requérantes demandent de suspendre l'exécution en ce qui concerne la marmotte et les lièvres brun et variable, le préfet de la Savoie a fixé les périodes d'ouverture et fermeture de la chasse à tir.
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Savoie :
2. La fédération départementale des chasseurs de la Savoie a, eu égard à son objet statutaire et à la nature du litige, intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable et doit être admise.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Pour justifier de la condition d'urgence, les associations requérantes soutiennent que l'arrêté attaqué porte, compte tenu de l'incertitude relative à l'état de conservation des populations de marmottes et lièvres variables et bruns, une atteinte grave et immédiate aux intérêts qu'elles défendent s'agissant de la biodiversité et des espèces sauvages. Elles font notamment état de ce que la population de marmottes décline, que les seules données fournies par la préfecture dans le cadre de l'enquête publique pour établir la stabilité de la population montrent que les prélèvements ont été divisés par deux en dix ans et qu'en outre, le réchauffement climatique dégrade la condition physique des femelles et le taux de survie des marmottons ; que l'effectif de lièvres bruns a régressé ainsi qu'en atteste le nombre de prélèvements par chasseur, qui a baissé de plus de 75% en Savoie depuis le milieu du XXème siècle, vraisemblablement en raison d'une mauvaise gestion cynégétique ; que le lièvre variable est classé quasi-menacé par l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
5. Toutefois, la marmotte est classée préoccupation mineure au niveau national par l'UICN. Une étude décennale réalisée par l'observatoire des galliformes de montagne (OGM) montre que l'aire de répartition géographique de la marmotte en Savoie a nettement augmenté des années 50 jusqu'aux années 1990 avant de décroître légèrement. Sa population est approximativement évaluée à 160 000 individus sur un territoire de 100 000 ha à partir d'un territoire étudié de 50 ha. Protégée par la convention de Berne, la marmotte fait l'objet de réintroduction dans 30 communes savoyardes, qui sont les seules où la chasse est interdite. La seule circonstance que les prélèvements déclinent très nettement depuis 2012 ne permet pas, à elle seule et en l'état du débat, de caractériser un état de conservation justifiant l'urgence à statuer.
6. Le lièvre brun est classé préoccupation mineure au niveau national par l'UICN et les données démographiques issues des dénombrements pratiqués depuis 20 ans par la fédération départementale des chasseurs de la Savoie sur 56 itinéraires dans trois massifs ne révèlent pas de baisse de la population. Au vu de ces éléments, la seule circonstance que les prélèvements ont diminué de moitié entre 2006 et 2022 ne permet pas, à elle seule et quand bien même la fédération de chasse s'abstient de la corréler avec l'effectif de chasseurs, de caractériser un état de conservation justifiant l'urgence à statuer.
7. Enfin, s'agissant du lièvre variable, seule espèce identifiée comme étant " quasi menacée " au niveau national par l'UICN, les effectifs étudiés depuis 2016 sur le site de Courchevel ne révèlent pas de déclin et la diminution des prélèvements à l'échelle départementale est précisément corrélée par la fédération avec celle de l'effectif de chasseurs.
8. En l'état des éléments parcellaires d'information produits et malgré le caractère sommaire de la participation du public, la condition d'urgence, telle qu'entendue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, en l'espèce, être regardée comme satisfaite.
9. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'écarter les fins de non-recevoir opposées par le préfet de la Savoie et la fédération départementale des chasseurs de la Savoie ni de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. Partie perdante, les associations requérantes ne peuvent prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la fédération de chasse de la Savoie est admise.
Article 2 : La requête de l'association Justice animaux Savoie est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Justice animaux Savoie, à l'association AVES France, à l'association One voice, à l'association France nature environnement Savoie, à l'association Animal cross, à l'association pour la protection des animaux sauvages, au préfet de la Savoie et à la fédération départementale des chasseurs de la Savoie.
Fait à Grenoble, le 24 octobre 2023.
La juge des référés,
A. A
La République mande et ordonne au ministre de l'écologie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026