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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306532

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306532

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon le 28 septembre 2023 et transmise par ordonnance du 2 octobre 2023 du président dudit tribunal, M. B A, représenté par Me Djinderedjian demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a signifié une interdiction de retour pour une durée d'un an ;

3 °) d'enjoindre à ladite préfète de réexaminer sa situation ;

4°) d'enjoindre à ladite préfète de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;

5 °) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble a été signé par une autorité incompétente ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision de refus de délai de départ volontaire :

- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît l'article L 612- 6, 8 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Morel a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence d'une juridiction administrative autre que le Conseil d'Etat, son président, ou le magistrat qu'il délègue, transmet sans délai le dossier à la juridiction qu'il estime compétente ".

2. Aux termes de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions () ".

3. M. A, ressortissant Tunisien, a été interpellé par les services de la police aux frontières le 27 septembre 2023 sur le territoire de la commune de Prévessin-Moëns. Par un arrêté du 27 septembre 2023 la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a signifié une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par une requête enregistrée le 28 septembre 2023 il a demandé au tribunal administratif de Lyon l'annulation de cette décision. Par une ordonnance du 2 octobre 2023 le tribunal administratif de Lyon a, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative transmis le dossier de la requête au tribunal administratif de Grenoble compétent pour statuer en premier ressort sur cette affaire dans la mesure où à la date de l'arrêté contesté, M. A était domicilié à Thonon-Les-Bains (74200).

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

5. Par un arrêté du 20 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de l'Ain a donné à M. Pierre Puyastier, secrétaire administratif de classe supérieure, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

6. M. A est célibataire et sans enfant. Sa présence en France est récente. Il ne justifie d'aucune intégration particulière. S'il se prévaut du fait qu'il garde l'enfant de son frère et de sa belle-sœur lorsque ceux-ci, qui résident régulièrement sur le territoire français, travaillent cette circonstance ne suffit pas à justifier son droit au séjour sur le territoire français. M. A n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il a déclaré avoir de la famille. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France M. A n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle méconnaît et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne La décision de refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et était à la date de la décision attaquée dépourvu de documents d'identité. Il a en outre déclaré lors de son audition le 27 septembre 2023 " Je veux rester en France " indiquant par ce truchement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Enfin compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6 M. A ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'il lui soit accordé un délai de départ volontaire. M. A n'est par suite pas fondé à invoquer la méconnaissance des dispositions des article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne à décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il résulte des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, réserve faite de circonstances humanitaires, l'application cumulative des critères de l'ancienneté du séjour, des liens noués en France, des antécédents en matière d'éloignement et de menace pour l'ordre public n'a pas d'incidence sur le principe de l'interdiction de retour opposée aux étrangers qui, comme M. A , n'a pas de délai de départ volontaire pour l'exécution de la décision de l'obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que M. A, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, ne peut utilement soutenir que le préfet de la Savoie a fait une application partielle des quatre critères légaux à sa situation pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

11. Il résulte de ce qui précède que compte tenu de l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article L. 612-6 précité et en l'absence de trouble à l'ordre public constaté, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'identifie pas les éléments de droit et de fait qui la fondent ni que la préfète aurait omis d'appliquer les quatre critères légaux et de les prendre en compte en ne mentionnant pas l'absence de trouble à l'ordre public comme particularité dans le parcours de M. A. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des articles L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 6 et 8 M. A n'est fondé à soutenir ni que la préfète de l'Ain a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle a violé l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Djinderedjian et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition greffe le 7 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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